L’Allemagne a produit en 2025 plus d’électricité avec le vent et le soleil qu’avec le charbon et le gaz réunis, une première confirmée fin juillet 2026. Derrière le symbole, deux paramètres très concrets pour votre pompe à chaleur : le contenu carbone du kWh et le prix des heures pendant lesquelles elle tourne.
L’essentiel
- Allemagne 2025 : 225 TWh d’éolien et de solaire (44 %) contre 217 TWh de fossiles (43 %), une première historique (Energy Institute).
- Contenu carbone : 19,6 g CO2eq/kWh pour l’électricité française en 2025 (RTE), 344 g pour l’allemande (Umweltbundesamt), un rapport de 1 à 17.
- Prix résidentiel : un peu moins de 0,20 €/kWh au tarif réglementé français après la hausse de 2,5 % du 1er août 2026, contre 0,37 € en moyenne en Allemagne (BDEW).
- Heures creuses : jusqu’à 3 heures entre 11 h et 17 h d’avril à octobre ; 9,3 millions de foyers supplémentaires basculés entre mi-2026 et octobre 2027.
Le record allemand change-t-il le calcul d’une pompe à chaleur en France ? Indirectement, oui : le kWh européen se décarbone à grande vitesse et la PAC en profite deux fois. En France, l’électricité émet 17 fois moins de CO2 qu’en Allemagne et coûte presque moitié moins au compteur. Reste une variable décisive : les heures pendant lesquelles la machine tourne.
Ce qui s’est passé outre-Rhin en 2025
Les chiffres viennent de l’Energy Institute, analysés par Carbon Brief le 28 juillet 2026 : l’éolien et le solaire ont produit 225 TWh en Allemagne en 2025, soit 44 % du total, contre 217 TWh pour les centrales fossiles (43 %). Du jamais vu. Le charbon, plus de 50 % du mix au début des années 2000, est retombé à 21 %.
Le mouvement s’accélère. Au premier semestre 2026, selon le Fraunhofer ISE, les renouvelables ont couvert 61,8 % de la production électrique nette allemande, portés par un record photovoltaïque. À l’échelle de l’UE, même bascule en 2025 : 30 % contre 29 %.
Détail qui nous concerne : la pompe à chaleur a représenté 48 % des chauffages vendus outre-Rhin en 2025 (299 000 unités). Ils s’équipent avec un kWh à 0,37 €. Nous l’avons à 0,20 €.
Contenu carbone : le kWh français joue une catégorie au-dessus
RTE a mesuré en 2025 une intensité carbone de 19,6 g CO2eq/kWh pour la production française, un plus bas historique : 95,2 % du mix est bas carbone et les centrales fossiles n’ont fourni que 18,7 TWh, soit 3 %, du jamais vu depuis 75 ans. En face, l’agence fédérale allemande de l’environnement estime le kWh consommé outre-Rhin à 344 g de CO2 en 2025 (379 g encore en 2023). Les méthodes diffèrent un peu (production ici, consommation là), l’ordre de grandeur ne se discute pas : un rapport de 1 à 17.
Pour une PAC, traduisons. Une air/eau au SCOP réel de 3,2 restitue 3,2 kWh de chaleur par kWh consommé : chaque kWh de chaleur revient à environ 6 g de CO2 en France. Le comparateur Impact CO2 de l’ADEME aboutit, pour un même logement, à un rapport d’environ 1 à 15 entre pompe à chaleur et chaudière gaz, et de 1 à 29 avec le fioul.
L’argument tient d’autant mieux que la machine tourne l’hiver. Outre-Rhin, quand le solaire s’effondre de novembre à février, charbon et gaz reprennent la main. En France, même en janvier, votre compresseur tourne massivement au nucléaire et à l’hydraulique.
Au compteur : 0,20 € le kWh ici, 0,37 € là-bas
Le BDEW, la fédération allemande de l’énergie, mesure un prix moyen résidentiel de 37,0 centimes/kWh début 2026, en baisse par rapport aux 39,3 centimes de 2025, dont 12,6 centimes de taxes et prélèvements.
Côté français, le tarif réglementé a été relevé de 2,5 % TTC en moyenne au 1er août 2026, sur proposition de la CRE du 16 juillet, soit +5,98 € par MWh : la facture d’un client type à 4 500 kWh/an passe de 1 046 à 1 072 €. En option base, le kWh ressort un peu en dessous de 0,20 € TTC pour les 19,37 millions de foyers restés au tarif bleu.
| France | Allemagne |
|---|---|
| Contenu carbone 2025 : 19,6 g CO2eq/kWh (RTE) | Contenu carbone 2025 : 344 g CO2/kWh (UBA) |
| Mix bas carbone : 95,2 % en 2025 (nucléaire, hydraulique, éolien, solaire) | Renouvelables : 61,8 % au 1er semestre 2026 (Fraunhofer ISE) |
| Prix résidentiel moyen : environ 0,20 €/kWh (TRV, août 2026) | Prix résidentiel moyen : 0,37 €/kWh (BDEW, 2026) |
| PAC type consommant 3 940 kWh/an : environ 790 € | Même PAC, mêmes besoins : environ 1 460 € |
Face au gaz, le calcul reste favorable. Au prix repère publié par la CRE pour août 2026, le kWh gaz chauffage vaut 0,12527 € TTC, plus un abonnement de 360,79 €/an. Rendement de chaudière compris, une PAC bat le gaz dès que son SCOP dépasse 1,4 environ. Une installation correcte fait plus du double.
Les heures de fonctionnement, la variable que ce record éclaire
Produire 44 % de son électricité avec le vent et le soleil crée un déséquilibre horaire. L’Allemagne a compté 299 heures de prix négatifs au premier semestre 2026 : trop d’électrons à midi, pas assez à 19 h.
La France a choisi de déplacer le signal prix : les heures creuses migrent vers l’après-midi solaire. Depuis novembre 2025, et par vagues jusqu’en octobre 2027, 14,5 millions de foyers voient leur grille modifiée ; la deuxième vague, 9,3 millions de compteurs, démarre au second semestre 2026. Nouveau principe : au moins 5 heures creuses consécutives entre 23 h et 7 h, complétées du 1er avril au 31 octobre par un bloc pouvant atteindre 3 heures entre 11 h et 17 h.
Une aubaine pour les PAC, à condition de reprogrammer. Le cas classique vu sur le terrain : un ballon thermodynamique laissé sur son réglage d’usine, qui chauffe l’eau à 2 h du matin alors que le contrat vient de basculer en heures creuses méridiennes. Personne n’a rien touché, et la facture le montre. Après la bascule, vérifiez la plage du ballon, les relances de chauffage et la loi d’eau, pour faire tourner la machine longtemps à bas régime plutôt qu’en marche/arrêt.
Cas concret : maison de 120 m² chauffée au gaz
Prenons une maison de 120 m² des années 1990, correctement isolée, dont la chaudière gaz consomme 14 000 kWh par an. Au prix repère d’août 2026, la facture atteint environ 2 115 €/an, abonnement compris.
Remplaçons-la par une PAC air/eau de 10 kW sur les radiateurs existants. SCOP réel retenu : 3,2, pas la valeur constructeur mesurée par 7 °C. Les quelque 12 600 kWh de chaleur utile appellent 3 940 kWh d’électricité, soit environ 790 €/an au tarif d’août 2026, hors éventuel passage de 6 à 9 kVA. L’économie estimée frôle 1 300 €/an si le contrat gaz est résilié. Estimée, pas garantie : un hiver rude ou une hausse du kWh la rabote.
L’investissement : comptez 12 000 à 16 000 € posés pour une air/eau de cette puissance. Un ménage aux revenus modestes touche 4 000 € de MaPrimeRénov’ (5 000 € pour les très modestes, 3 000 € pour les intermédiaires, rien au-delà), plus une prime CEE, couramment 2 000 à 4 000 € selon l’offre. Reste à charge réaliste : 7 000 à 10 000 €, soit six à huit ans de retour estimé. Les montants détaillés sont dans nos barèmes d’aides pompe à chaleur de l’été 2026 et le chiffrage poste par poste dans notre guide PAC air/eau : prix, aides et reste à charge. Et anticipez : avant la saison de chauffe, trois à quatre mois d’attente chez un artisan RGE ne sont pas rares.
Et le carbone ? 3 940 kWh français représentent 77 kg de CO2 par an. La même machine à Munich en émettrait environ 1,36 tonne.
Ce que dit la réglementation au 4 août 2026
- Tarif réglementé de l’électricité : hausse moyenne de 2,5 % TTC au 1er août 2026 (communiqué CRE du 16 juillet 2026).
- MaPrimeRénov’ par geste : PAC air/eau éligible, 5 000, 4 000 ou 3 000 € selon les revenus, dépense plafonnée à 12 000 €, logement de plus de 15 ans, artisan RGE et visite préalable obligatoires (service-public.fr, fiche du 19/06/2026).
- Au 1er septembre 2026, la bonification CEE « Coup de pouce chauffage » sera réservée aux modèles de PAC agréés (certification tierce, circuit frigorifique substantiellement assemblé dans l’Espace économique européen). Si le chantier glisse vers l’automne, vérifiez que le modèle du devis figure sur la liste avant de signer.
- Heures creuses : bascule pilotée par Enedis, avec notification préalable ; aucune démarche, mais une reprogrammation à prévoir.
Les cas où ce record ne doit rien changer à votre décision
Une passoire thermique d’abord. Dans une maison classée F ou G, la PAC montera en température par grand froid et son SCOP réel plongera vers 2. L’isolation passe avant la machine, quel que soit le contenu carbone du réseau. Des radiateurs en fonte prévus pour de l’eau à 70 °C posent la même question : sans changement d’émetteurs ni loi d’eau abaissée, l’écart de coût avec le gaz se resserre au point de disparaître certains hivers.
Méfiance enfin envers la récupération commerciale. Le démarcheur qui invoque « le record allemand » pour vendre une PAC surdimensionnée, le reste à charge « zéro euro », le devis qui gonfle mystérieusement du montant exact des aides : ces trois signaux valent un refus immédiat. Les 44 % allemands ne disent rien de votre logement ni de vos émetteurs.
Vos questions, nos réponses
Le kWh français est-il vraiment plus propre que le kWh allemand ?
Oui, et de loin. En 2025, l’électricité française a émis en moyenne 19,6 g CO2eq/kWh (RTE), l’allemande 344 g CO2/kWh (Umweltbundesamt), soit un rapport de 1 à 17. Les méthodes diffèrent légèrement, production d’un côté, consommation de l’autre, sans changer l’ordre de grandeur. Les deux courbes baissent : l’Allemagne était encore à 379 g en 2023, quand le mix français restait bas carbone à 95,2 % sur l’année.
Une PAC coûte-t-elle moins cher à l’usage qu’une chaudière gaz en 2026 ?
Dans la plupart des maisons, oui. Au prix repère d’août 2026, le kWh gaz chauffage vaut 0,12527 € TTC contre un peu moins de 0,20 € pour le kWh électrique : rendement compris, la PAC devient gagnante dès un SCOP d’environ 1,4, quand une installation correcte atteint 3. Pour une maison de 120 m², l’écart estimé approche 1 300 €/an, résiliation de l’abonnement gaz comprise.
Les nouvelles heures creuses concernent-elles déjà ma pompe à chaleur ?
Peut-être. 1,7 million de compteurs ont basculé depuis novembre 2025, 9,3 millions suivent entre le second semestre 2026 et octobre 2027, sur 14,5 millions concernés au total. Du 1er avril au 31 octobre, jusqu’à 3 heures creuses se placent désormais entre 11 h et 17 h. Vérifiez la grille horaire sur votre facture : si elle a changé, reprogrammez ballon et relances de chauffage.
Avant de signer, faites établir au moins trois devis par des artisans RGE, exigez une étude de dimensionnement pièce par pièce plutôt qu’un chiffrage au m², et comparez les SCOP mesurés selon la norme EN 14825, pas les COP d’affiche. Le contexte joue pour vous, et les règles CEE changent au 1er septembre : ce calendrier mérite une ligne dans votre comparaison de devis.










