Le fluide frigorigène ne se voit jamais, mais c’est lui qui fixe le rendement de votre climatisation, son empreinte carbone et les contraintes d’entretien qui vont avec. En 2025, la réglementation européenne rebat les cartes et fait basculer le marché vers des fluides à faible potentiel de réchauffement.
L’essentiel
- Le R410A, longtemps standard, affiche un potentiel de réchauffement planétaire (PRG) de 2 088 et sort du jeu sur les nouveaux équipements résidentiels.
- Le R32 (PRG 675) passe sous le seuil réglementaire de 750 et reste, pour l’instant, le choix dominant.
- Le R290 (propane), fluide naturel à très faible PRG, monte en puissance mais impose des règles de pose strictes à cause de son inflammabilité.
- C’est la valeur du PRG, pas le nom commercial, qui décide de l’avenir réglementaire d’un fluide.
Quel fluide privilégier ? Pour un achat neuf aujourd’hui, un split au R32 reste le compromis le plus sûr : disponible, sous le seuil réglementaire, bon rendement. Si vous visez la longévité maximale et une empreinte carbone minimale, orientez-vous vers un équipement au R290, à condition qu’il soit posé par un professionnel formé à ce fluide. Le R410A n’a plus de sens sur du neuf, il ne survit que sur le parc déjà installé.
Le PRG, la seule valeur qui compte vraiment
Le potentiel de réchauffement planétaire, souvent noté PRG ou GWP (Global Warming Potential), mesure l’effet d’un gaz sur le climat comparé au CO2 sur cent ans. Un PRG de 2 088 signifie qu’un kilo de ce fluide relâché dans l’atmosphère réchauffe autant que 2 088 kilos de CO2. Tout se joue là : plus le PRG est élevé, plus le fluide est dans le collimateur du législateur.
C’est ce chiffre, et lui seul, qui trie les fluides autorisés de ceux qui disparaissent. Le seuil qui structure le marché résidentiel est fixé à 750. En dessous, un fluide reste installable sur du neuf. Au dessus, il est condamné à court terme.
R410A : le fluide qui quitte la scène
Le R410A a remplacé le vieux R22 au début des années 2000. Il épargne la couche d’ozone, ce qui était un vrai progrès, mais son PRG de 2 088 le rend indéfendable au regard des exigences climatiques actuelles. Il dépasse largement le seuil de 750.
Conséquence directe : les fluides dont le PRG dépasse 750 seront interdits dans les nouvelles pompes à chaleur monobloc résidentielles à partir de 2026, puis dans les splits résidentiels à partir de 2027. Le R410A tombe immédiatement sous le couperet. Si vous avez déjà une installation qui fonctionne au R410A, elle continue de tourner, mais la recharge deviendra de plus en plus coûteuse à mesure que le fluide se raréfie.
R32 : le compromis dominant du moment
Avec un PRG de 675, le R32 passe juste sous la barre des 750. C’est ce qui explique qu’il équipe aujourd’hui l’immense majorité des climatiseurs et pompes à chaleur neufs. Rendement énergétique correct, charge de fluide réduite par rapport au R410A, disponibilité totale : il coche les cases.
Une nuance s’impose toutefois. Le R32 reste un gaz fluoré et son autorisation n’est pas éternelle. Une prochaine révision réglementaire finira sans doute par le rattraper, probablement vers 2030-2035. Acheter un équipement au R32 en 2025 reste pertinent, mais ce n’est pas un choix gravé dans le marbre pour les vingt prochaines années.
R290 : le pari du fluide naturel
Le R290, c’est du propane. Un gaz naturel, non fluoré, au PRG très faible, sans commune mesure avec les fluides fluorés. Sur le papier, c’est la solution d’avenir : aucune interdiction réglementaire ne le menace côté climat, et son rendement est excellent.
Le revers est connu : le propane est inflammable. Cette caractéristique n’interdit pas son usage, elle l’encadre. Les équipements au R290 sont conçus avec des charges limitées et des sécurités spécifiques, et leur pose obéit à des règles précises, notamment sur les distances et les volumes de local. Un R290 mal installé n’est pas un bon plan, c’est un risque. Bien installé, c’est probablement le meilleur fluide disponible aujourd’hui.
Comparatif des fluides en un coup d’oeil
| Fluide | Profil (PRG, statut réglementaire, inflammabilité, usage) |
|---|---|
| R22 | PRG élevé, interdit depuis 2015 pour la recharge, appauvrit la couche d’ozone. Ne concerne plus que de très vieilles installations en fin de vie. |
| R410A | PRG de 2 088, au dessus du seuil de 750, exclu du neuf résidentiel dès 2026-2027. Faiblement inflammable. Encore présent sur un large parc installé. |
| R32 | PRG de 675, sous le seuil, autorisé sur le neuf. Légèrement inflammable. Fluide majoritaire des clims et PAC vendues aujourd’hui. |
| R290 | PRG très faible, aucune interdiction climatique en vue. Fortement inflammable, pose réglementée. Solution d’avenir sur les équipements conçus pour lui. |
Ce que la réglementation impose à l’entretien
La manipulation des fluides frigorigènes n’est pas libre. Seuls les techniciens certifiés selon le Règlement CE/2009/1005, titulaires d’une attestation de capacité, peuvent intervenir sur les gaz fluorés, R32 et R410A compris. Le R290, gaz naturel non fluoré, échappe à cette certification, mais sa manipulation exige des formations de sécurité dédiées à son inflammabilité.
Concrètement, avant toute intervention, vérifiez ces points :
- votre installateur détient une attestation de capacité en cours de validité ;
- il dispose d’un détecteur de fuites adapté au fluide de votre appareil ;
- pour un équipement au R290, il est spécifiquement formé à ce fluide.
Une fuite de R32 dans une pièce fermée peut, en présence d’une source d’ignition, créer un risque d’incendie. C’est précisément ce qui justifie le remplacement immédiat, et non la simple recharge, d’une installation qui fuit.
Contre-pied et pièges à éviter
Le discours ambiant pousse au tout naturel, comme si un fluide vert suffisait à faire une bonne installation. C’est faux, et surpayer un équipement uniquement pour son fluide est une erreur.
- Ne payez pas une prime au fluide vert. Un R290 vendu 30 % plus cher pour un rendement équivalent à un bon R32 ne se justifie pas toujours, surtout si votre usage est modéré.
- Le fluide ne fait pas la performance. Le rendement réel dépend d’abord du dimensionnement, de la qualité du compresseur et de la pose. Un excellent fluide sur un appareil mal réglé donnera un mauvais résultat.
- L’inflammabilité du R290 n’est pas un détail marketing. Elle impose des contraintes de local et de distance qui peuvent, dans certaines configurations, rendre la pose impossible ou plus onéreuse.
- Ne bricolez jamais une recharge. Manipuler un fluide sans attestation est illégal et dangereux.
Questions fréquentes
Mon climatiseur au R410A va-t-il devenir illégal ?
Non, votre appareil existant reste utilisable. Ce sont les nouvelles installations qui sont visées par les interdictions de 2026 et 2027. En revanche, en cas de panne nécessitant une recharge, le coût du R410A grimpera avec sa raréfaction, ce qui peut rendre le remplacement plus rentable qu’une réparation.
Le R32 est-il un bon choix en 2025 ?
Oui, pour la plupart des situations. Il est sous le seuil réglementaire de 750, largement disponible et performant. Gardez simplement à l’esprit qu’une révision réglementaire pourrait le limiter à son tour dans la décennie qui vient.
Le R290 est-il dangereux à la maison ?
Pas s’il est correctement installé. Les équipements au R290 intègrent des charges limitées et des sécurités adaptées. Le risque n’apparaît qu’en cas de pose non conforme, d’où l’importance d’un professionnel formé à ce fluide.
Avant de choisir, faites établir un devis par un artisan certifié RGE : il dimensionnera l’appareil et le fluide selon votre logement, en conformité avec la réglementation en vigueur.







