Ajouter une pompe à chaleur et une borne de recharge à un logement en 6 kVA revient à cumuler deux appareils qui, à eux seuls, peuvent saturer l’abonnement. Monter en puissance souscrite paraît la réponse évidente, elle est souvent la plus chère et rarement la seule.
L’essentiel
- Au tarif réglementé, l’abonnement 6 kVA option base coûte 190,32 € par an TTC et le kilowattheure 0,2001 € TTC depuis le 1er août 2026.
- Depuis août 2026, les puissances de 9 à 36 kVA en option base ne sont plus souscriptibles au tarif réglementé : monter en puissance impose de changer d’option ou d’offre.
- Une borne domestique se règle : 3,7 kW en monophasé 16 A, 7,4 kW en 32 A, et la plupart des bornes acceptent un bridage.
- Le délestage automatique, souvent inclus dans les bornes, évite le passage à la puissance supérieure pour quelques centaines d’euros.
Faut il passer à 9 kVA quand on installe une PAC et une borne ? Pas systématiquement. Avant de payer un abonnement plus élevé chaque année, il faut calculer la puissance réellement simultanée et regarder ce qu’un simple pilotage de la recharge permet d’éviter.
Calculer la puissance simultanée, pas la somme des étiquettes
L’erreur classique consiste à additionner toutes les puissances installées. Un logement additionne facilement 15 kW d’appareils, alors qu’il ne dépasse jamais 5 kW en usage réel, parce que rien ne fonctionne à pleine charge en même temps.
La bonne méthode consiste à identifier le scénario le plus défavorable, un soir d’hiver vers 19 h par exemple, et à additionner ce qui tourne effectivement.
| Appareil | Puissance appelée en usage réel |
|---|---|
| PAC air/eau de 8 kW thermiques, en hiver | 1,8 à 2,8 kW électriques selon la température extérieure |
| Borne de recharge en monophasé 16 A | 3,7 kW en continu pendant la charge |
| Plaques à induction, deux foyers en usage | 2 à 3,5 kW |
| Chauffe-eau électrique en relance | 1,8 à 2,4 kW |
| Lave-linge en phase de chauffe | 1,8 à 2,2 kW |
Le total d’un soir d’hiver banal, PAC plus induction plus lave-linge, atteint déjà 6 à 7 kW. Ajouter une borne à 3,7 kW fait basculer sans discussion au dessus de 6 kVA. C’est bien la borne, et non la pompe à chaleur, qui provoque le passage dans la majorité des cas.
L’information de calendrier qui change la décision
Un changement discret est intervenu à l’été 2026 et il pèse sur l’arbitrage : les puissances de 9 à 36 kVA en option base ne sont plus ouvertes à la souscription au tarif réglementé. Concrètement, un foyer aujourd’hui en 6 kVA option base qui souhaite monter en puissance ne peut plus rester dans cette option.
La conséquence n’est pas une catastrophe, mais elle mérite d’être anticipée. Le passage impose de basculer vers une option à plages horaires différenciées, ou vers une offre de marché. Ce changement modifie le prix du kilowattheure sur l’ensemble de la consommation du foyer, pas seulement sur la recharge du véhicule.
Ce point transforme l’arithmétique. Là où l’on comparait autrefois deux abonnements, on compare désormais deux structures tarifaires complètes. Faire le calcul sur son historique de consommation devient indispensable avant de demander une modification de puissance.
Le délestage, la solution qu’on oublie
Les bornes de recharge domestiques disposent presque toutes d’une fonction de pilotage dynamique. Un capteur posé sur l’arrivée générale mesure en permanence la puissance appelée par le logement, et la borne réduit ou interrompt la charge quand le seuil approche.
Le résultat est simple : le véhicule se recharge avec la puissance disponible, plus lentement quand la maison consomme, plus vite la nuit quand tout dort. Pour un usage domestique typique, quelques dizaines de kilomètres par jour, cela ne change rien au confort d’usage.
- Coût du pilotage dynamique : de 150 à 450 € en supplément à l’installation, selon la borne et le capteur.
- Bridage simple de la borne à 8, 10 ou 16 A : souvent gratuit, réglable au paramétrage.
- Programmation horaire de la recharge la nuit : gratuite, disponible sur le véhicule comme sur la borne.
- Délesteur sur le tableau pour le chauffe-eau : 80 à 250 €, décale la relance hors des pointes.
Ces solutions cumulées coûtent moins de 500 € une fois, contre un surcoût d’abonnement qui court chaque année pendant toute la durée d’occupation du logement.
Cas concret chiffré : maison de 120 m² avec PAC et véhicule électrique
Maison de 2004, PAC air/eau de 8 kW installée en 2023, plaques induction, chauffe-eau thermodynamique, véhicule électrique parcourant 45 km par jour en moyenne. Abonnement actuel 6 kVA option base.
Option A, passage à 9 kVA. Le foyer doit sortir de l’option base, désormais fermée à la souscription au delà de 6 kVA. Le surcoût annuel combine l’abonnement supérieur et l’effet de la nouvelle structure tarifaire sur les 6 800 kWh consommés chaque année. Selon l’option retenue et la répartition des usages, l’écart annuel se situe couramment entre 60 et 200 €, à calculer sur l’historique réel.
Option B, borne pilotée à 3,7 kW avec délestage dynamique. Surcoût unique de 300 € environ à l’installation. La recharge de 45 km par jour représente environ 9 kWh, obtenus en deux heures et demie à pleine puissance, ou en quatre à cinq heures en puissance réduite. Le foyer reste en 6 kVA option base.
Sur dix ans, l’option B économise entre 600 et 2 000 €, pour un inconvénient quasi nul dans cet usage. Elle devient discutable si le véhicule doit régulièrement récupérer 200 km en une nuit, cas où la puissance disponible finit par contraindre.
Quand monter en puissance est la bonne décision
Trois situations justifient réellement l’augmentation.
Un logement tout électrique de grande surface avec pompe à chaleur, ballon, induction et plusieurs occupants atteint ses limites indépendamment du véhicule. Le disjoncteur saute alors avant même l’installation de la borne.
Un usage professionnel du véhicule, avec des recharges quotidiennes importantes et des départs matinaux, laisse peu de latitude au pilotage.
Une installation triphasée existante change la donne : la répartition des charges sur trois phases permet d’accueillir davantage de puissance pour un coût d’abonnement plus mesuré par kilowatt disponible. Sur un projet de borne en 11 ou 22 kW, la question du triphasé se pose de toute façon.
Contre-pied : ce qui ne se règle pas par des kVA
Un disjoncteur qui saute n’a pas toujours pour cause un manque de puissance souscrite. Avant de payer un abonnement supérieur, deux vérifications s’imposent.
La première porte sur l’appel de courant au démarrage. Un compresseur de climatisation ou de pompe à chaleur ancien, dépourvu de démarrage progressif, peut provoquer une pointe brève très supérieure à son régime établi. Sur les machines à variation de vitesse récentes, ce phénomène a pratiquement disparu.
La seconde porte sur l’état de l’installation. Un défaut d’isolement, un neutre desserré ou un différentiel vieillissant produisent des déclenchements que l’on attribue à tort à un dépassement de puissance. Un électricien tranche en une visite.
Une remarque sur les aides, enfin. La pompe à chaleur air/eau est financée 5 000, 4 000 ou 3 000 € selon les revenus au barème en vigueur au 1er janvier 2026, mais aucune aide MaPrimeRénov’ ne couvre l’augmentation de puissance ni le tableau électrique. Les dispositifs d’aide à l’installation d’une borne relèvent d’un autre cadre, avec leurs propres conditions. Le partage entre équipements financés et non financés est détaillé dans notre point sur les aides 2026 pour une PAC ou une clim réversible.
Vos questions, nos réponses
Combien coûte un changement de puissance souscrite ?
L’intervention elle même se facture quelques dizaines d’euros, souvent sans déplacement grâce au compteur communicant. Le vrai coût est récurrent : l’abonnement plus élevé, et depuis août 2026, le changement d’option imposé au delà de 6 kVA au tarif réglementé. Faites simuler votre facture annuelle sur votre historique de consommation avant de valider, l’effet portant sur l’ensemble des kilowattheures et pas seulement sur la recharge.
Une PAC peut elle fonctionner en 6 kVA ?
Oui dans une majorité de maisons individuelles de taille moyenne. Une PAC air/eau de 8 kW thermiques appelle 1,8 à 2,8 kW électriques en hiver, ce qui laisse de la marge sous 6 kVA à condition de décaler le chauffe-eau et de ne pas cumuler tous les usages. La contrainte apparaît sur les grandes maisons, les appoints électriques et les logements où la machine est mal dimensionnée et tourne à pleine charge.
Faut il installer une borne de 7,4 ou de 22 kW à la maison ?
Pour un usage domestique, 3,7 ou 7,4 kW couvrent très largement le besoin : une nuit de charge à 7,4 kW représente plus de 300 km récupérés sur une berline. Les 11 et 22 kW imposent le triphasé et une puissance souscrite conséquente, pour un bénéfice réel limité à des usages intensifs. Le surcoût d’installation et d’abonnement dépasse souvent l’intérêt.
Avant de demander une augmentation de puissance, faites relever par un électricien la puissance maximale réellement appelée sur une semaine d’hiver, et demandez un chiffrage de borne pilotée avec délestage dynamique. La comparaison de ces deux chiffres, et non l’addition des étiquettes, décide de la bonne solution.







