La réponse spontanée tombe toujours dans le même sens : la pompe à chaleur consomme trois fois moins, donc elle gagne. Sur dix ans, en appartement, le calcul complet donne un résultat beaucoup plus serré. Et selon la taille du logement, il s’inverse. Voici le calcul posé, avec ses hypothèses écrites noir sur blanc.
Le cadre du calcul
Prenons un trois-pièces de 65 m² à Lyon, étage intermédiaire, immeuble des années 1980 avec isolation d’origine partiellement reprise. Besoin de chauffage retenu : 5 500 kWh utiles par an, soit environ 85 kWh par mètre carré. C’est une hypothèse de travail, pas une vérité universelle, et je montre plus bas ce qui se passe quand elle change.
Prix de l’énergie au 12 août 2026 : le tarif réglementé de vente de l’électricité, relevé de 2,5 % au 1er août 2026, ressort à 0,2001 €/kWh TTC en option Base, avec un abonnement de 190,32 € par an en 6 kVA. L’abonnement est identique dans les deux scénarios, il sort donc du comparatif.
Côté radiateurs à inertie
Un radiateur électrique restitue exactement l’énergie qu’il consomme. Le rendement est de 100 %, ni plus ni moins, et l’inertie ne change rien à cette équation : elle lisse la restitution, elle ne crée pas d’énergie. Les 5 500 kWh utiles coûtent donc 5 500 kWh d’électricité, soit 1 101 € par an.
L’investissement reste modeste. Six émetteurs pour un trois-pièces, entre 400 et 900 € pièce fourniture et pose comprises, donnent une enveloppe de 4 200 € en milieu de fourchette. Aucune autorisation, aucun percement de façade, aucune assemblée générale, aucun entretien obligatoire. Durée de vie courante de 15 à 20 ans. La différence entre une pierre de lave et une façade en fonte porte sur le confort ressenti et l’inertie, pas sur la consommation, comme détaillé dans notre comparatif sur le radiateur à inertie pierre ou fonte.
Côté pompe à chaleur air-air
Ici commence l’honnêteté du calcul. Un multisplit affiche un coefficient de performance saisonnier de 4,0 sur l’étiquette, mesuré en laboratoire sur un profil climatique moyen. En appartement, deux corrections s’imposent.
D’abord, le rendement de terrain est inférieur au rendement d’étiquette. Cycles courts, réglages approximatifs, filtres encrassés, unité extérieure mal ventilée : retenons 3,2 plutôt que 4,0.
Ensuite, un multisplit trois unités ne dessert pas tout le logement. Le séjour et deux chambres, oui. La salle de bains, l’entrée et le bureau restent sur des convecteurs ou des sèche-serviettes. Comptons 75 % du besoin couvert par la pompe à chaleur et 25 % en électrique direct.
Le calcul devient : 4 125 kWh utiles divisés par 3,2 font 1 289 kWh, auxquels s’ajoutent 1 375 kWh d’appoint direct, soit 2 664 kWh au total, ou 533 € par an. L’économie annuelle ressort à 568 €, pas à 800.
L’investissement se situe entre 6 000 et 9 000 € posé pour un multisplit trois unités. Depuis le 18 juillet 2026, ces installations bénéficient d’une TVA à 5,5 % quand elles respectent l’arrêté du 13 juillet 2026, ce qui a fait baisser la facture d’environ 1 030 € sur un chantier de 7 100 € hors taxes. Retenons 7 500 € TTC. À cela s’ajoute l’entretien imposé par le décret du 28 juillet 2020 pour les systèmes de 4 à 70 kW : un contrôle tous les deux ans, autour de 150 €, soit cinq visites sur la période.
Le tableau à dix ans
| Poste | Radiateurs à inertie | Multisplit air-air |
|---|---|---|
| Investissement initial | 4 200 € | 7 500 € TTC, TVA 5,5 % |
| Consommation annuelle | 5 500 kWh | 2 664 kWh |
| Coût de l’énergie sur 10 ans | 11 006 € | 5 331 € |
| Entretien obligatoire sur 10 ans | 0 € | 750 € |
| Total sur 10 ans | 15 206 € | 13 581 € |
| Ce qu’on obtient en plus | Rien à autoriser, rien à entretenir | Rafraîchissement l’été, filtration de l’air |
Écart final : 1 625 € sur dix ans en faveur de la pompe à chaleur, à prix d’électricité constant. Soit 162 € par an, ou 13 € par mois. Sur un investissement supérieur de 3 300 €, le retour se fait au bout de six ans environ. Ce n’est pas un raz de marée, c’est un avantage réel mais mince.
Le point de bascule que personne ne calcule
Refaites le même exercice sur un deux-pièces bien isolé consommant 3 000 kWh utiles par an. Les radiateurs coûtent 600 € par an, soit 6 003 € sur dix ans, plus 4 200 € d’achat : 10 203 €. La pompe à chaleur descend à 291 € par an, soit 2 907 €, plus 7 500 € et 750 € d’entretien : 11 157 €.
Les radiateurs gagnent d’environ 950 €. Le seuil se situe autour de 4 000 à 4 500 kWh de besoin annuel avec ces hypothèses. En dessous, l’économie d’énergie ne rembourse jamais l’écart d’investissement sur dix ans. Au-dessus, elle le fait, et l’écart grandit vite avec la surface.
Deux paramètres déplacent ce seuil. Une hausse durable du prix de l’électricité le fait descendre, donc favorise la pompe à chaleur. Un contrat en heures pleines et heures creuses, avec 0,1589 €/kWh la nuit contre 0,2142 € le jour au 1er août 2026, favorise au contraire les appareils capables de stocker, ce qui est l’argument central du radiateur à accumulation en brique réfractaire.
Trois questions qui tranchent avant le calcul
Pouvez-vous seulement poser l’unité extérieure ? En appartement, c’est la première question et souvent la dernière. Un groupe fixé en façade ou sur un balcon touche l’aspect extérieur de l’immeuble, ce qui suppose un vote en assemblée générale à la majorité de l’article 25 de la loi du 10 juillet 1965, puis une déclaration préalable en mairie. Le calendrier se compte en mois, et le refus est possible.
Combien de pièces la machine chauffera-t-elle réellement ? Chaque unité intérieure supplémentaire améliore le rendement global et alourdit la facture d’installation. Un monosplit dans le seul séjour ne couvrira jamais 75 % du besoin, et l’économie fond de moitié.
Voulez-vous du froid l’été ? C’est la vraie ligne d’écart entre les deux solutions. Des radiateurs ne rafraîchiront jamais rien. Si l’alternative consiste à acheter deux climatiseurs mobiles à 400 € pièce et à supporter leur consommation chaque août, le calcul bascule nettement, comme le montre notre comparaison entre PAC réversible et clim mobile.
Questions fréquentes
Un radiateur à inertie consomme-t-il moins qu’un convecteur ?
À consigne et à logement identiques, l’écart réel est faible, de l’ordre de quelques pour cent. L’inertie améliore le confort en évitant les à-coups de température, ce qui permet parfois de baisser la consigne d’un demi-degré, et c’est cette baisse de consigne qui produit l’économie. Le rendement, lui, reste de 100 % dans les deux cas.
Peut-on obtenir une aide pour un multisplit en appartement ?
MaPrimeRénov’ ne finance pas les pompes à chaleur air-air. Le seul levier fiscal significatif est le taux de TVA réduit à 5,5 % applicable depuis le 18 juillet 2026 aux modèles respectant les critères de performance fixés par arrêté. Les aides 2026 pour une PAC ou une clim réversible détaillent les rares dispositifs mobilisables.
Faut-il tout changer d’un coup ?
Non, et c’est même rarement la bonne stratégie en appartement. Poser un monosplit dans la pièce de vie, garder les radiateurs existants dans les chambres, puis observer une saison complète de consommation permet de décider sur des chiffres réels plutôt que sur des hypothèses. Le surcoût d’une extension ultérieure du multisplit reste modéré si la liaison frigorifique a été prévue au départ.
Avant tout calcul, sortez vos deux dernières factures d’électricité et isolez la consommation d’hiver. Ce chiffre, votre besoin réel, décide de la réponse bien plus sûrement que n’importe quel comparatif générique.


