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Bâti neuf : le confort d’été se joue sur plan, pas à la pose de la clim

Clément M

Économies d'énergie

Fabien Gantois, vice-président du Conseil national de l’ordre des architectes, a signé mi-août 2026 une tribune dont la phrase-titre circule depuis : ce que nous construisons mal aujourd’hui, nos enfants devront l’habiter, le transformer ou le démolir demain. Sur un chantier de maison individuelle, la formule prend un sens très prosaïque. Les choix qui décident du confort d’été d’un logement se prennent dans les six premières semaines d’un projet, sur des plans, et coûtent alors quelques centaines d’euros. Repris quinze ans plus tard, les mêmes corrections se chiffrent en dizaines de milliers.

La RE2020 mesure le confort d’été, et le seuil est bas

Depuis 2022, tout permis de construire de logement neuf passe par l’indicateur DH, pour degrés-heures d’inconfort. Il additionne, sur une année de simulation, les heures pendant lesquelles la température intérieure dépasse un seuil de confort, pondérées par l’écart. Deux valeurs comptent : 350 DH, en dessous desquels le bâtiment est jugé confortable, et 1 250 DH, au-dessus desquels le projet n’est pas conforme et le permis ne passe pas.

Entre les deux, la réglementation parle d’inconfort tolérable et applique une pénalité forfaitaire sur la consommation de froid, qui vient charger le Cep du projet. Traduction de terrain : un bureau d’études peut faire passer un projet médiocre en compensant ailleurs, sur l’isolation ou sur le système. Le permis est délivré, l’indicateur reste à 900 DH, et l’occupant hérite d’environ vingt jours d’inconfort par an dès la livraison. Sur un bâtiment qui tiendra cinquante ans, avec des étés qui se réchauffent, c’est un plancher, pas un plafond.

Un ordre de grandeur utile pour lire un rapport thermique : 350 DH correspondent à peu près à une semaine d’inconfort cumulé sur l’année, 1 250 DH à environ vingt-cinq jours. Demandez la valeur DH de votre projet, pas seulement la mention « conforme RE2020 ». Ce sont deux informations différentes.

Les quatre décisions qui se prennent sur plan

L’inertie d’abord. Une paroi lourde encaisse la chaleur de la journée et la restitue la nuit, quand on ventile. Une ossature légère très isolée fait l’inverse : elle monte vite et ne redescend pas. Les deux systèmes constructifs se valent l’hiver, pas l’été. Ce choix se fait au dépôt du permis et ne se rattrape plus jamais, sauf à refaire le bâtiment.

L’orientation ensuite. Une baie plein sud avec un débord de toiture correctement calculé reçoit le soleil rasant d’hiver et le refuse en juillet, quand le soleil est haut. La même baie à l’ouest prend le soleil de fin d’après-midi en pleine face, au moment où la maison est déjà chaude, et aucun débord ne l’arrête parce que le soleil est bas. C’est la faute la plus fréquente et la plus punitive.

Les protections solaires, troisième point, doivent être extérieures. Un store intérieur laisse passer le rayonnement, qui se transforme en chaleur une fois dans la pièce. Volets, brise-soleil orientables, casquettes, pergola : tout ce qui arrête le rayonnement avant le vitrage divise l’apport par trois à quatre. C’est le seul poste qu’on peut encore ajouter après coup, à condition d’avoir prévu les réservations et la reprise de charges.

La ventilation nocturne enfin. Décharger l’inertie suppose de faire traverser l’air, donc des ouvrants opposés, une trémie d’escalier qui tire, un ouvrant sécurisé qu’on peut laisser entrouvert la nuit sans laisser la maison ouverte. Un plan de rez-de-chaussée monoexposé rend ce geste impossible, et la plus grosse clim du marché ne compensera pas une pièce qu’on ne peut pas balayer.

Décision Quand elle se prend Coût si prise sur plan Rattrapage après livraison
Inertie du bâti Choix constructif, avant permis Écart faible entre systèmes Impossible
Orientation et surface vitrée Esquisse Nul Impossible sans reprise de façade
Débord de toiture, casquette Permis Quelques centaines d’euros Reprise de charpente
Protections solaires extérieures Permis ou après De 300 à 900 euros par baie Possible, plus cher, esthétique subie
Ventilation traversante Plan de distribution Nul Percements, souvent refusés
Fourreaux et attentes pour une clim Second oeuvre De 200 à 600 euros Saignées, gaines apparentes

Ce qu’une clim posée ensuite règle, et ce qu’elle ne règle pas

Elle règle une chose et la règle bien : abaisser la température d’une pièce fermée. Elle ne règle ni le rayonnement d’un mur ou d’un plafond chaud, qui continue de vous chauffer même si l’air est à 25 °C, ni la surchauffe des combles, ni le fait qu’un logement mal protégé rappelle de la chaleur en continu, ce qui condamne la machine à tourner sans jamais s’arrêter. Sur ce dernier point, le compteur parle : sur un bâti sain, un split module et coupe ; sur un bâti passoire d’été, il tient le régime nominal du matin au soir.

Sur les combles, poste numéro un des maisons neuves inconfortables, nous avons détaillé les six travaux efficaces sans climatisation. Et si un système gainable est envisagé, il se dessine avec l’architecte, pas avec le plaquiste : voir anticiper le gainable dès les plans.

Un DPE du confort d’été à l’étude

Gantois porte une proposition concrète, et elle mérite d’être suivie : un diagnostic de résilience climatique, qui indiquerait à un acheteur ou à un locataire la capacité d’un logement à rester habitable pendant une vague de chaleur. Ce serait au confort d’été ce que le DPE est à la consommation.

L’idée n’est pas encore un texte, et il faut le dire clairement : aucun calendrier réglementaire n’est arrêté à ce jour. Mais elle pointe le trou béant du dispositif actuel. Un logement peut afficher une étiquette A, être invivable trois semaines par an, et rien dans le dossier de vente ne l’indique. La valeur d’un bien mal orienté commencera à décrocher le jour où cette information deviendra publique.

Pour un projet en cours, la parade est simple et gratuite. Exigez la valeur DH du calcul thermique et faites simuler une variante avec des protections solaires extérieures sur les baies sud et ouest. Si l’écart dépasse 300 DH, l’arbitrage est fait. Sur le dimensionnement des équipements ensuite, la méthode qui tient est décrite dans notre article sur le dimensionnement pour des étés à 42 °C.

Questions fréquentes

Un logement RE2020 peut-il être inconfortable l’été ?

Oui, et c’est la règle plutôt que l’exception dans les projets calés au minimum réglementaire. Tant que l’indicateur DH reste sous 1 250, le projet est conforme même à 1 100 DH, ce qui représente une vingtaine de jours d’inconfort par an. La conformité est un plancher administratif, pas un objectif de confort.

Faut-il prévoir des attentes pour une climatisation dans une maison neuve ?

Oui, même si vous n’installez rien. Les fourreaux, l’emplacement du groupe extérieur, l’alimentation électrique et l’évacuation des condensats coûtent de 200 à 600 euros pendant le chantier et évitent des gaines apparentes plus tard. C’est une assurance à faible prime sur une maison qui vivra quarante ans.

Vaut-il mieux investir dans l’inertie ou dans les protections solaires ?

Dans les protections solaires si vous devez choisir, parce que l’inertie ne sert à rien si le soleil entre en continu : elle stocke alors la chaleur au lieu de la tamponner. Une inertie forte suppose une ventilation nocturne qui la décharge. L’ordre logique est protéger, ventiler, stocker, dans cet ordre.

Un chiffre à demander avant votre prochain rendez-vous avec le constructeur : la valeur DH du projet, et celle de la variante avec brise-soleil. Deux nombres sur une feuille, et l’essentiel de la discussion sur le confort d’été est réglé.

A propos de l'auteur :

Clément M

Clément est entrepreneur et fondateur de Clima Progress. Il décrypte la rénovation énergétique sans langue de bois : pompes à chaleur, aides, isolation, prix réels et pièges à éviter. Son obsession : aider chaque propriétaire à faire les bons choix, chiffres à l'appui.

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