Les annonces sur la dépense publique donnent le vertige, mais elles ne disent rien de ce qui arrive concrètement au propriétaire qui veut changer sa chaudière cet automne. Ce qui compte pour lui tient en trois éléments : une enveloppe, une file d’attente et un décret suspendu.
L’essentiel
- Le budget global de l’Agence nationale de l’habitat pour 2026 s’établit autour de 4,6 milliards d’euros, dont environ 3,6 milliards pour MaPrimeRénov’, un niveau comparable à 2025.
- Le guichet, fermé en début d’année pour raisons budgétaires, a rouvert le 23 février 2026 après la promulgation de la loi de finances.
- Un projet de décret prévoit d’exclure six gestes du parcours par geste au 1er septembre 2026, mais il a reçu un avis défavorable du Conseil national de l’habitat le 2 juillet 2026 et n’a pas été publié depuis.
- L’objectif affiché reste de financer des rénovations d’ampleur dans 120 000 logements en 2026, contre 100 000 en 2025.
Les aides à la rénovation vont elles disparaître ? Non, l’enveloppe 2026 est stable. Ce qui change, c’est sa répartition : l’argent est réorienté vers les rénovations d’ampleur, au détriment des gestes isolés, avec des à-coups de calendrier qui rendent la planification difficile pour les particuliers.
Une enveloppe stable, une répartition qui bascule
La photographie budgétaire ne montre pas d’effondrement. Autour de 3,6 milliards d’euros restent affectés à MaPrimeRénov’ pour 2026, dans une enveloppe globale de l’Anah proche de 4,6 milliards. Le message politique est clair : l’État maintient l’effort, mais veut qu’il produise des sauts de classe énergétique plutôt que des remplacements d’équipement isolés.
Cette réorientation explique la tension permanente sur le parcours par geste, celui qui finance une pompe à chaleur seule, un poêle seul, une isolation de combles seule. C’est le parcours le plus utilisé, le plus simple à mobiliser, et celui que l’administration cherche à resserrer depuis deux ans.
Pour un particulier, le raisonnement pratique en découle. Un projet qui ne concerne qu’un seul geste est aujourd’hui le plus exposé aux changements de règles. Un projet qui combine un geste de chauffage et un geste d’isolation est à la fois mieux financé et mieux protégé des révisions de barème.
Ce que contient le projet de décret sur les monogestes
Le texte présenté au Conseil national de l’habitat le 2 juillet 2026 prévoit de sortir six familles de travaux du parcours par geste à compter du 1er septembre 2026 :
- Les poêles à bois et à granulés, aujourd’hui financés de 500 à 1 250 € selon les revenus et le type d’appareil.
- Le chauffe-eau solaire et le chauffage solaire combiné, financés respectivement jusqu’à 4 000 et 10 000 € pour les ménages très modestes.
- Le chauffe-eau thermodynamique, financé de 400 à 1 200 €.
- La ventilation mécanique double flux, financée de 1 500 à 2 500 €.
- L’isolation des toitures et des combles, financée de 15 à 25 € par mètre carré.
- Le remplacement des fenêtres en simple vitrage, financé de 40 à 100 € par équipement.
Point décisif pour qui planifie des travaux : ce décret n’est pas publié. Le Conseil national de l’habitat a rendu un avis défavorable, et à ce jour le texte n’est paru ni au Journal officiel ni sous forme d’arrêté d’application. L’échéance du 1er septembre 2026 reste donc un projet, pas une règle en vigueur. Notre suivi détaillé de la fin annoncée des aides monogeste revient sur le calendrier complet.
La file d’attente, contrainte plus concrète que le budget
L’enveloppe n’est pas le seul frein. Le nombre de dossiers en instruction, plusieurs dizaines de milliers, allonge les délais entre le dépôt et la notification d’octroi. Or ce délai a une conséquence directe sur le chantier : les travaux ne doivent pas commencer avant la notification, sous peine de perdre l’aide.
| Ce qui bloque un dossier | Ce qui l’accélère |
|---|---|
| Devis imprécis, sans référence d’équipement ni performance | Devis détaillé avec marque, modèle, rendement saisonnier |
| Attestation RGE expirée à la date de signature du devis | Attestation en cours de validité, jointe au dépôt |
| Justificatifs de revenus incomplets ou de la mauvaise année | Avis d’imposition de l’année N-1, soit revenus 2025 pour 2026 |
| Travaux démarrés avant la notification d’octroi | Attendre la notification, sauf procédure d’urgence encadrée |
Les ménages très modestes disposent par ailleurs d’une avance pouvant atteindre 50 % du montant de la prime, ce qui change la trésorerie du chantier et reste peu connu.
Cas concret chiffré : remplacer une chaudière gaz par une PAC air/eau
Maison de 1992, 115 m², chaudière gaz de 22 ans, ménage de quatre personnes hors Île-de-France avec un revenu fiscal de référence de 44 000 €, soit la catégorie intermédiaire au barème en vigueur au 1er janvier 2026, dont le plafond est de 64 550 € pour quatre personnes.
- Devis pompe à chaleur air/eau haute température, dépose de la chaudière comprise : 16 400 € TTC.
- Plafond de dépense éligible pour ce geste : 12 000 €.
- MaPrimeRénov’ au barème intermédiaire : 3 000 €.
- Prime CEE estimée sur ce geste, variable selon l’obligé et la zone : 2 000 à 4 000 €, à faire confirmer par écrit avant signature.
- Écrêtement applicable : le cumul MaPrimeRénov’ plus CEE ne peut pas dépasser 60 % de la dépense éligible pour un ménage intermédiaire, soit 7 200 € ici.
- Reste à charge estimé : 9 400 à 11 400 €, finançable par un éco-prêt à taux zéro dont le plafond pour une action seule s’élève à 15 000 €.
Ce cas montre pourquoi le plafond de dépense éligible pèse autant que le montant de la prime. Sur un devis à 16 400 €, les 4 400 € au dessus du plafond ne génèrent aucune aide, quel que soit le revenu. C’est le premier chiffre à regarder avant de comparer des devis.
Ce qui reste stable, et sur quoi s’appuyer
Au milieu de l’incertitude réglementaire, plusieurs paramètres n’ont pas bougé et servent de socle. Les montants du parcours par geste pour la pompe à chaleur air/eau, 5 000, 4 000 et 3 000 € selon les trois premières catégories de revenus, sont ceux du barème en vigueur au 1er janvier 2026. La pompe à chaleur géothermique reste financée jusqu’à 11 000 €. Les certificats d’économies d’énergie, financés par les fournisseurs et non par le budget de l’État, ne dépendent pas des arbitrages de la loi de finances.
Deux gestes concernés par le projet de décret méritent une attention particulière si vous les envisagez : le chauffe-eau solaire individuel et le remplacement d’une chaudière par un appareil à granulés. Dans les deux cas, le dépôt du dossier avant une éventuelle publication du décret est le seul moyen de sécuriser le barème actuel.
Contre-pied : la course à l’aide est un mauvais guide
L’annonce d’une suppression provoque mécaniquement une ruée, et cette ruée profite d’abord aux vendeurs. Trois écueils reviennent à chaque échéance.
Le premier est le devis gonflé du montant de l’aide. Une prime annoncée à 4 000 € qui se retrouve exactement ajoutée au prix de la prestation ne bénéficie à personne d’autre qu’à l’installateur. La parade est simple et sans appel : comparer les devis sur le montant total avant aides, jamais sur le reste à charge annoncé.
Le deuxième est le geste inadapté mais subventionné. Poser une pompe à chaleur dans une maison non isolée avec des radiateurs haute température produit des factures d’électricité désastreuses et un confort médiocre, même avec 5 000 € d’aide. Le bon ordre reste l’enveloppe d’abord, la machine ensuite.
Le troisième est le démarchage à l’échéance. Le démarchage téléphonique pour la rénovation énergétique est interdit, et un appel non sollicité vous promettant de « boucler le dossier avant le 1er septembre » signale une entreprise à écarter, sans discussion.
Une dernière remarque de méthode. L’incertitude réglementaire est réelle, mais elle ne justifie pas de signer dans l’urgence un chantier à 15 000 €. Un dossier déposé avec un devis solide protège le barème ; un devis signé à la hâte engage sur quinze ans un équipement peut-être mal dimensionné.
Vos questions, nos réponses
Le décret sur les monogestes est il applicable au 1er septembre 2026 ?
Pas en l’état. Le projet de décret et l’arrêté présentés au Conseil national de l’habitat le 2 juillet 2026 ont reçu un avis défavorable et n’ont pas été publiés au Journal officiel. Tant qu’aucun texte n’est paru, les barèmes en vigueur au 1er janvier 2026 s’appliquent. Vérifiez l’état de publication avant de prendre une décision, la situation peut évoluer rapidement.
Faut il déposer son dossier avant une éventuelle suppression ?
Si votre projet porte sur un des six gestes visés et qu’il est déjà mûr, oui : la règle applicable est en principe celle en vigueur à la date de dépôt de la demande, ce qui sécurise le barème. Mais déposer suppose un devis signé par un artisan RGE et des justificatifs complets. Un dossier bâclé sera rejeté et vous fera perdre à la fois le temps et le barème.
Les CEE sont ils menacés par le budget de l’État ?
Non, pas par le même mécanisme. Les certificats d’économies d’énergie sont financés par les fournisseurs d’énergie soumis à obligation, et non par le budget public. Leurs montants varient en revanche selon les périodes d’obligation et le cours du certificat, ce qui les rend fluctuants d’une année à l’autre. Faites toujours confirmer le montant par écrit avant la signature du devis, jamais sur la foi d’une estimation orale.
Si un projet de chauffage ou d’isolation est envisagé cette année, faites établir au moins deux devis d’artisans RGE en leur demandant de faire figurer le plafond de dépense éligible et le montant CEE engagé par écrit. C’est ce document, et non les annonces budgétaires, qui déterminera ce que vous paierez réellement.













