Le R290, c’est du propane, et il devient le fluide par défaut des pompes à chaleur air-eau vendues en France. Ce qui suit explique ce que ce basculement apporte à un propriétaire en rénovation, ce qu’il impose au poseur, et quand exiger ce fluide sur un devis a du sens.
L’essentiel
- PRG d’environ 3 pour le propane, contre environ 675 pour le R32 et 2 088 pour le R410A : autant dire zéro face au phase-down des HFC du règlement F-Gas révisé en 2024.
- Des départs d’eau annoncés autour de 70 °C, là où beaucoup de machines au R32 s’essoufflent avant : l’argument massue sur des radiateurs existants.
- Fluide classé A3, hautement inflammable : charge limitée par les normes selon la configuration, implantation de l’unité extérieure contrainte, installateur formé.
- MaPrimeRénov’ PAC air-eau à 5 000 / 4 000 / 3 000 € selon la tranche, plafond de dépense 12 000 €, RGE obligatoire, quel que soit le fluide (barème en vigueur au 31/07/2026). Comptez 13 000 à 19 000 € posé pour un monobloc R290, prix constatés.
Faut-il exiger du R290 sur son prochain devis de pompe à chaleur ? En rénovation sur radiateurs existants, oui : le propane monte plus facilement à 70 °C de départ d’eau et son PRG proche de 3 le met hors trajectoire de réduction des HFC. Sur un plancher chauffant ou dans du neuf, non : une bonne machine au R32 fera le même travail pour moins cher.
La nuance est dans la pose. Un R290 mal implanté par un installateur qui découvre le fluide vaut moins qu’un R32 posé par quelqu’un qui connaît sa machine. Le choix du fluide passe après celui de l’artisan, jamais l’inverse.
Le phase-down des HFC pousse le propane sur le devant
Le R290 n’a rien d’une invention de laboratoire : le propane sert de fluide frigorigène depuis des décennies dans le froid commercial, et son cousin l’isobutane équipe la quasi-totalité des réfrigérateurs domestiques vendus en Europe. Sa force, c’est son innocuité climatique. Un kilo de propane relâché dans l’atmosphère pèse quelques kilos d’équivalent CO2, quand un kilo de R410A en pèse plus de deux tonnes.
Le règlement F-Gas révisé en 2024 organise la réduction progressive des HFC mis sur le marché européen. Les quotas se resserrent, les prix des fluides à fort PRG grimpent, et aucun fabricant ne veut lancer une gamme coincée dans dix ans. Le R410A est écarté, le R32 tient le terrain des splits, le R290 rafle les nouveautés en air-eau. L’enjeu pour vous est bassement pratique : le prix du fluide de recharge sur quinze à vingt ans de machine.
De l’eau plus chaude dans des radiateurs en fonte
C’est l’argument qui devrait vous intéresser en priorité, et il tient à une propriété physique : la température critique du propane se situe autour de 97 °C, contre environ 78 °C pour le R32. La machine produit donc de l’eau chaude à haute température sans que le compresseur travaille en limite.
Une maison des années 1970 chauffée au fioul a des radiateurs en fonte dimensionnés pour de l’eau à 70 °C. Le scénario classique, c’est l’installateur qui annonce le remplacement de la moitié des émetteurs, ou la perspective d’avoir froid en janvier. Avec une machine au R290 qui tient réellement ses 70 °C, ce chantier collatéral disparaît souvent.
Attention à ne pas surinterpréter. Produire de l’eau à 70 °C reste moins efficace que de la produire à 45 °C : le COP baisse quand la température de départ monte, propane ou pas. Le R290 vous évite de changer vos émetteurs, il ne vous dispense pas d’isoler.
R32 ou R290, le comparatif qui compte pour un particulier
| Avec du R32 | Avec du R290 |
|---|---|
| PRG d’environ 675, concerné par le phase-down des HFC | PRG d’environ 3, hors trajectoire de réduction |
| Départ d’eau confortable jusqu’à 50 à 55 °C, au-delà le rendement chute vite | Départ d’eau annoncé autour de 70 °C, radiateurs existants conservés |
| Légèrement inflammable (A2L), contraintes de pose modérées | Hautement inflammable (A3), implantation et charge encadrées |
| Splits, gainables, air-eau bibloc : gammes très larges | Surtout monoblocs air-eau : catalogue plus étroit |
| Machine moins chère à l’achat | Surcoût de quelques centaines à 2 000 € selon les gammes |
| Fluide sous quota, prix de recharge appelé à monter | Fluide de commodité, bon marché à long terme |
Hautement inflammable : ce que ça change sur le chantier
Le propane brûle, c’est le même gaz que dans votre barbecue. Ce que les normes produits encadrent, c’est la quantité embarquée et l’endroit où on pose la machine. La règle dépend de la charge de fluide et de la configuration du logement, ce n’est pas un chiffre unique que l’on récite : le fabricant la déclare, l’installateur la respecte.
Le principe physique à retenir : le propane est plus lourd que l’air. En cas de fuite, il descend et s’accumule au point bas. D’où les précautions sur l’implantation de l’unité extérieure.
- Éloignement des ouvrants, des grilles de ventilation et de tout ce qui ramène l’air vers l’intérieur.
- Aucun point bas confiné à proximité : soupirail de cave, descente d’escalier extérieure, regard, fosse.
- Pas de renfoncement fermé sur trois côtés, ce qui condamne le local technique borgne au fond du garage.
- Un installateur formé aux fluides A3, avec l’outillage adapté : ce n’est pas la manipulation d’un R32.
- Un entretien tous les 2 ans maximum, contrôle d’étanchéité compris, de 4 à 70 kW (décret 2020-912).
Dans la vraie vie, ça donne un arbitrage désagréable : l’emplacement discret que vous vouliez, sous la fenêtre de la chambre, n’est pas toujours celui que le poseur retiendra. Faites tracer l’implantation sur un plan avant la signature, pas le matin de la pose.
Pourquoi les monoblocs d’abord et les splits muraux plus tard
Un monobloc air-eau contient tout le circuit frigorifique dans son caisson extérieur. Ce qui entre chez vous, c’est de l’eau : le propane reste dehors et la fuite en volume habité ne se pose plus. D’où la domination des monoblocs dans les gammes R290.
Un split mural, à l’inverse, envoie le fluide dans la pièce. Avec un fluide A3, la charge admissible dépend du volume de la pièce et de la hauteur d’installation, ce qui devient ingérable dans une petite chambre. La climatisation murale reste donc au R32.
Le monobloc a son revers, autant le dire : de l’eau circule dehors, donc protection antigel obligatoire, et une coupure de courant prolongée en février se gère. Vérifiez ce point précis sur le devis.
Une maison de 110 m² au fioul, le calcul complet
Maison de 110 m² construite en 1978, isolée aux combles seulement, zone tempérée, chaudière fioul de 1998 et radiateurs en fonte. Consommation autour de 2 000 litres par an, facture de l’ordre de 2 000 à 2 500 € selon le cours.
Remplacement par une PAC air-eau monobloc R290 de 11 kW, radiateurs conservés : 16 200 € posé, TVA 5,5 % comprise, neutralisation de la cuve incluse. Foyer modeste, donc 4 000 € de MaPrimeRénov’ (barème au 31/07/2026), plus une prime CEE variable selon l’obligé. Reste à charge autour de 12 200 € avant CEE. Nouvelle facture estimée entre 1 100 et 1 400 € d’électricité, soit une économie estimée de 700 à 1 200 € par an selon l’isolation et la consigne. Sans le R290, le même chantier imposait 3 000 à 5 000 € de radiateurs en plus.
Aides et obligations : le fluide ne change rien à votre dossier
Certains commerciaux jouent dessus, alors autant être net : le R290 ne donne droit à aucune aide supplémentaire. MaPrimeRénov’ verse pour une PAC air-eau 5 000 € aux ménages très modestes, 4 000 € aux modestes et 3 000 € aux intermédiaires, plafond de dépense 12 000 €, barème en vigueur au 31/07/2026. Le fluide n’apparaît nulle part.
Le reste du cadre s’applique à l’identique : RGE obligatoire pour MaPrimeRénov’ comme pour l’éco-PTZ, TVA à 5,5 % dans un logement de plus de deux ans, éco-PTZ jusqu’à 50 000 € sur 20 ans cumulable avec la prime, cumul plafonné à 90, 75 ou 60 % des travaux selon la tranche.
Quand le R290 n’est pas le bon combat
Sur un plancher chauffant à 35 °C, le surcoût du propane ne se justifie pas : une machine au R32 travaille très bien à basse température et l’argument des 70 °C ne vous sert à rien. Même chose pour une climatisation réversible murale, format sur lequel le R290 n’existe pas.
Si votre maison est une passoire non isolée, changer de fluide ne réglera rien : une PAC qui compense des déperditions massives consomme énormément, quel que soit le gaz qui circule dedans. Et si votre terrain est étroit, mitoyen, avec un soupirail de cave sous la seule façade disponible, un R32 bien posé au bon endroit vaut mieux qu’un R290 casé de force.
Côté pièges commerciaux : méfiez-vous du démarchage qui vend « la nouvelle génération au propane » comme une révolution justifiant 25 000 € de devis, quand le marché tourne entre 13 000 et 19 000 € posé. Ne donnez pas votre tranche de revenus avant d’avoir le prix, sinon le devis gonfle exactement du montant de l’aide. Et refusez le surdimensionnement : un vendeur propose volontiers 14 kW là où 9 suffisent, la marge suit la puissance.
Vos questions, nos réponses
Une pompe à chaleur au R290 est-elle dangereuse chez soi ?
Le propane est classé A3, la catégorie la plus inflammable des fluides frigorigènes. Le risque se traite en amont : sur un monobloc air-eau, tout le fluide reste dans l’unité extérieure, en plein air, et seule de l’eau circule dans la maison. La charge est limitée par les normes selon la configuration, et l’implantation évite les points bas confinés puisque le propane est plus lourd que l’air. Contrôle d’étanchéité obligatoire tous les 2 ans (décret 2020-912).
Mon installateur ne propose pas de R290, dois-je en changer ?
Pas nécessairement, mais posez-lui deux questions. Est-il formé et équipé pour les fluides A3, ou évite-t-il le sujet par manque d’habitude ? Et quelle température de départ d’eau garantit-il sur vos radiateurs existants par temps froid ? Si sa réponse au R32 tient la route sur des émetteurs conservés, son devis reste valable. S’il vous annonce le remplacement de six radiateurs pour compenser, demandez un second devis en R290 avant d’arbitrer.
Le R290 donne-t-il droit à une aide plus élevée ?
Non. MaPrimeRénov’ verse 5 000, 4 000 ou 3 000 € pour une PAC air-eau selon la tranche de revenus, avec un plafond de dépense de 12 000 €, barème en vigueur au 31/07/2026, sans distinction de fluide frigorigène. Le passage par un artisan RGE reste la condition qui conditionne tout le dossier. Si un commercial vous présente le propane comme un critère d’éligibilité ou un « bonus environnemental », il raconte n’importe quoi.
Avant de signer, faites chiffrer votre projet par au moins trois artisans RGE, avec la même exigence pour chacun : déplacement sur place, calcul de déperditions pièce par pièce, implantation de l’unité extérieure tracée sur le plan. Demandez surtout la température de départ d’eau garantie par grand froid sur vos émetteurs actuels, écrite au devis. C’est cette ligne, bien plus que le nom du fluide, qui décidera si vous aurez chaud en janvier.







