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Climatisation : le boom des ventes (+61 %) et la fracture sociale du froid

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Climatisation

En mai 2026, les rayons des grandes surfaces spécialisées ont été pris d’assaut. Les ventes de climatiseurs ont progressé de 61 % en un mois, un record absolu pour la filière. Pourtant, derrière ce chiffre spectaculaire se cache une réalité bien moins brillante : à peine 28 % des foyers français disposent aujourd’hui d’un système de rafraîchissement, contre plus de 90 % en Espagne ou en Italie. La France est à la traîne, et ce retard ne touche pas tout le monde de la même façon.

Un marché en explosion face à des étés de plus en plus chauds

La canicule n’est plus un événement exceptionnel. Depuis 2019, la France enregistre en moyenne deux à trois épisodes de forte chaleur par été. Face à cette réalité, les ménages investissent massivement dans des équipements de climatisation. Les climatiseurs mobiles monobloc, accessibles dès 300 euros, représentent la grande majorité des ventes. Les systèmes split réversibles — plus performants et plus économiques à l’usage — séduisent quant à eux une clientèle plus aisée, prête à investir entre 1 500 et 4 000 euros installation comprise.

Les professionnels du secteur tablent sur un équipement de 50 % des foyers français d’ici 2035, contre moins d’un tiers aujourd’hui. Une trajectoire qui s’accélère, portée par la hausse des températures estivales et une offre commerciale de plus en plus accessible.

La fracture sociale du froid : qui peut vraiment se rafraîchir ?

Derrière les chiffres de vente, la réalité sociale est contrastée. Si les ménages aux revenus confortables peuvent financer l’achat et l’installation d’un climatiseur, les foyers modestes se retrouvent souvent dans une double impasse.

  • Les passoires thermiques : environ 4,8 millions de logements classés F ou G en France retiennent la chaleur comme un four dès que les températures dépassent 30°C. Leurs occupants, souvent locataires aux revenus modestes, n’ont ni les moyens d’acheter un climatiseur performant, ni la liberté de réaliser des travaux.
  • Le poids de la facture électrique : un climatiseur mobile consomme en moyenne 1 000 à 1 500 kWh par saison. Pour un ménage en situation de précarité énergétique, ce surcoût peut représenter plusieurs centaines d’euros annuels difficiles à absorber.
  • Le paradoxe des aides publiques : MaPrimeRénov’ finance l’isolation mais exclut les climatiseurs au sens strict. Résultat : les plus vulnérables thermiquement restent les moins équipés.

Qui souffre vraiment de la chaleur ?

Les données de Santé publique France sont sans appel. Les victimes des canicules sont majoritairement les personnes âgées de plus de 75 ans, les personnes isolées, et celles vivant dans des logements mal isolés en milieu urbain dense. Ces trois profils se recoupent très souvent avec des situations de précarité économique.

Une étude de l’ADEME publiée en 2025 a montré que les ménages du premier quintile de revenus dépensent proportionnellement trois fois plus pour se protéger de la chaleur (climatiseurs mobiles inefficaces, ventilateurs, glace) que les ménages aisés, qui bénéficient de systèmes bien dimensionnés et bien isolés.

Vers une politique du froid accessible ?

Face à cette fracture, plusieurs pistes émergent. Certaines collectivités expérimentent des îlots de fraîcheur publics : bibliothèques climatisées ouvertes en soirée, brumisateurs dans les espaces publics, végétalisation des quartiers. Ces solutions collectives ne remplacent pas le confort du domicile mais offrent un filet de sécurité aux plus vulnérables.

Du côté des pouvoirs publics, la question d’étendre les aides à l’achat de climatiseurs réversibles à haute efficacité énergétique (COP supérieur à 4) pour les ménages modestes fait son chemin. Un climatiseur réversible bien dimensionné peut en effet remplacer un chauffage électrique énergivore tout en assurant le rafraîchissement estival, réduisant ainsi la facture globale.

Le boom des ventes de climatisation est un signal fort : les Français ont pris conscience que les étés brûlants sont la nouvelle norme. Il reste à s’assurer que le droit au froid ne devienne pas un privilège réservé aux plus aisés.

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