Chaque canicule ramène le même conseil : montez la consigne de votre climatisation. Il est juste, mais il est presque toujours donné sans chiffre, ce qui le rend inopérant. Voici comment le degré supplémentaire agit réellement sur votre consommation, et pourquoi l’effet est bien plus fort en pointe qu’en moyenne.
L’essentiel
- Une climatisation consomme d’autant plus que l’écart entre l’intérieur et l’extérieur est grand : c’est cet écart, pas la température absolue, qui pilote la facture.
- Passer d’une consigne de 22 à 25 °C par 38 °C extérieurs réduit l’écart à combler de 16 à 13 °C, soit près d’un cinquième en moins.
- L’effet réel est supérieur à cette proportion, car la machine travaille aussi plus loin de son point de meilleur rendement quand l’écart se creuse.
- Aucun chiffre d’économie ne peut être garanti : le résultat dépend de l’isolation, des protections solaires et du taux d’occupation.
Combien fait gagner un degré de consigne ? L’ordre de grandeur communément avancé se situe autour de quelques pour cent de consommation par degré, mais ce chiffre moyen masque l’essentiel : en pointe de canicule, sur une maison peu protégée du soleil, l’effet de trois degrés est nettement plus marqué qu’en régime tempéré.
Pourquoi l’écart compte plus que la consigne
Une pompe à chaleur en mode froid déplace de la chaleur de l’intérieur vers l’extérieur. Plus la différence de température entre les deux milieux est importante, plus ce transfert demande d’énergie, et plus le rendement de la machine se dégrade. Ce phénomène est physique, il n’a rien à voir avec la marque ou la gamme.
Conséquence directe : le même degré de consigne n’a pas la même valeur selon la journée. Par 30 °C extérieurs, passer de 24 à 25 °C réduit l’écart de 6 à 5 °C, soit un sixième. Par 40 °C, passer de 24 à 25 °C le réduit de 16 à 15 °C, soit un seizième en proportion, mais la machine fonctionne alors dans des conditions bien plus défavorables et chaque degré évité pèse davantage en énergie absolue.
| Conditions | Écart à combler |
|---|---|
| Extérieur 32 °C, consigne 22 °C | 10 °C |
| Extérieur 32 °C, consigne 26 °C | 6 °C, soit 40 % de moins |
| Extérieur 40 °C, consigne 22 °C | 18 °C |
| Extérieur 40 °C, consigne 26 °C | 14 °C, soit environ 22 % de moins |
Ce tableau explique une observation courante : les foyers qui montent leur consigne constatent des gains très différents selon leur région et leur logement. Ce n’est pas de l’imprécision, c’est la physique du transfert de chaleur.
Un cas chiffré, avec une hypothèse assumée
Maison de 100 m² dans le Sud-Est, multisplit sur trois pièces, épisode de sept jours de canicule avec des maximales autour de 38 °C. Comparons deux comportements, en retenant une hypothèse explicite de 0,20 €/kWh, uniquement pour donner un ordre de grandeur.
- Consigne à 21 °C en continu, volets ouverts en journée : la machine fonctionne quasiment sans interruption, l’écart avec l’extérieur atteint 17 °C aux heures chaudes.
- Consigne à 26 °C, volets fermés côté soleil dès le matin, ventilation en fin de nuit : l’écart tombe à 12 °C et la machine cycle normalement.
- Écart de consommation sur la semaine : plusieurs dizaines de kilowattheures, soit un ordre de grandeur de 15 à 40 € sur ce seul épisode.
- Sur une saison comptant quatre à cinq vagues de chaleur, l’écart cumulé devient significatif, sans qu’aucune économie ne puisse être garantie.
Le point important n’est pas le montant, c’est que la consigne et la protection solaire agissent ensemble. Monter la consigne dans une maison dont les baies sud reçoivent le soleil toute la journée revient à laisser la porte du four ouverte tout en baissant le thermostat.
Le confort ressenti n’est pas la température de l’air
C’est l’argument qui rend l’augmentation de consigne acceptable. Le confort dépend de quatre paramètres : la température de l’air, la température des parois, l’humidité et le mouvement d’air. Agir sur les trois autres permet de tenir une consigne plus élevée sans dégrader la sensation.
- Un ventilateur de plafond ou sur pied fait gagner plusieurs degrés de confort ressenti pour une consommation dérisoire.
- Des parois moins chaudes, obtenues par une protection solaire extérieure, changent la sensation à consigne identique.
- Une humidité maîtrisée pèse lourd : à 26 °C, l’air sec est confortable, l’air saturé ne l’est pas.
- Éviter le flux d’air froid dirigé sur les occupants, qui donne une sensation désagréable et pousse à baisser la consigne inutilement.
Ce que la consigne ne règle pas
Une machine surdimensionnée atteint sa consigne trop vite, s’arrête, redémarre, et déshumidifie mal. Dans ce cas, monter la consigne aggrave le phénomène : les cycles deviennent encore plus courts et la sensation de moiteur s’installe. Le problème n’est alors pas le réglage mais le dimensionnement, et il se corrige à l’installation, pas à la télécommande.
De même, une évacuation de condensats partiellement bouchée ou des filtres encrassés font chuter le rendement de plusieurs points, précisément au moment où la machine est la plus sollicitée. Un nettoyage des filtres avant la saison coûte cinq minutes et rapporte davantage que bien des réglages fins. Rappelons que l’entretien reste obligatoire tous les 2 ans au maximum pour les équipements de 4 à 70 kW, contrôle d’étanchéité inclus, en application du décret 2020-912.
Contre-pied : couper la climatisation en journée, mauvaise idée
Beaucoup de foyers coupent l’appareil en partant travailler et le relancent en rentrant. Sur une maison qui monte à 34 °C dans la journée, la relance oblige la machine à évacuer toute la chaleur accumulée dans les murs et les meubles, à l’heure où l’air extérieur est encore au plus chaud. Le résultat est double : la maison met des heures à devenir confortable, et la consommation de la relance dépasse souvent celle du maintien à consigne haute.
La stratégie qui fonctionne consiste à laisser une consigne élevée, autour de 27 à 28 °C, pendant l’absence, puis à la redescendre de deux degrés au retour. La machine ne part jamais de très loin, et l’inertie du bâtiment travaille pour vous plutôt que contre vous.
Un dernier mot sur les promesses commerciales. Personne ne peut vous garantir un pourcentage d’économies sur une climatisation, parce que le résultat dépend de vos consignes, de votre bâti et de la saison. Un vendeur qui annonce un chiffre ferme s’engage sur ce qu’il ne maîtrise pas, et c’est un signal fiable sur la suite de la relation, tout comme l’annonce d’une aide publique sur un projet air-air, qui n’existe pas depuis le 14 décembre 2023.
Vos questions, nos réponses
Quelle consigne retenir pendant une canicule ?
Autour de 26 °C en journée pour les pièces de vie, et 25 à 26 °C la nuit dans les chambres, constitue un bon compromis entre confort et consommation. L’important est surtout de ne pas creuser un écart supérieur à une dizaine de degrés avec l’extérieur, autant pour la facture que pour éviter la sensation désagréable au passage d’une pièce à l’autre. Ajoutez un brassage d’air, il fait accepter deux degrés de plus sans effort.
Vaut-il mieux climatiser une pièce ou toute la maison ?
Concentrer sur une ou deux pièces réellement occupées consomme nettement moins et donne un meilleur résultat, à condition de fermer les portes. Climatiser un volume traversant sans pouvoir l’isoler du reste revient à traiter toute la maison sans l’assumer. Sur un épisode long, une pièce refuge fraîche, souvent la chambre, apporte davantage que trois pièces tièdes.
Le mode automatique gère-t-il mieux la consigne ?
Il adapte la vitesse de ventilation et parfois la puissance, ce qui évite les à-coups, mais il n’a aucune idée de vos protections solaires ni de votre tolérance au chaud. Il n’économisera donc pas à votre place. Le réglage qui compte reste la consigne que vous choisissez, et la discipline sur les volets, deux paramètres qu’aucun automatisme ne remplace.
Si vos factures d’été progressent d’année en année malgré des réglages raisonnables, le problème est probablement dans le bâti. Faites établir deux ou trois devis auprès d’artisans qualifiés RGE sur la protection solaire des ouvertures exposées et l’isolation de la toiture, et demandez à chacun d’estimer la réduction de besoin en froid après travaux.







