Sur une maison de 100 à 130 m², la vraie question n’est pas « gainable ou pas gainable », c’est ce qu’une enveloppe donnée achète selon l’option retenue. Devis constatés, barème d’aides à jour, confort d’été d’un côté, facture d’hiver de l’autre : l’arbitrage est posé à plat ici, sans le discours du commercial qui passe en fin de journée.
L’essentiel
- Gainable réversible complet sur 100 à 130 m² : comptez entre 9 000 et 16 000 € posé selon le nombre de bouches et l’accès aux combles.
- La climatisation air-air, gainable comprise, n’ouvre plus droit à MaPrimeRénov’ depuis le 14/12/2023. Restent les CEE et la TVA à 10 % sur la pose.
- Une PAC air-eau donne droit à 5 000 / 4 000 / 3 000 € selon la tranche de revenus, plafond de dépense de 12 000 €, TVA 5,5 %, RGE obligatoire (barème en vigueur au 31/07/2026).
- Un multisplit de 3 à 4 unités tient dans 5 000 à 9 000 € posé, soit la moitié de l’enveloppe gainable : le reste finance l’isolation ou les protections solaires.
Avec 13 000 €, qu’est-ce qui rend le plus service sur une maison de 100 à 130 m² ? Un gainable réversible complet tient dans cette enveloppe et traite toute la maison, mais sans un euro d’aide publique. La même somme placée sur une pompe à chaleur air-eau déclenche 3 000 à 5 000 € de MaPrimeRénov’ selon la tranche, et laisse de quoi poser un split dans le séjour. Le classement change dès que l’objectif est le chauffage plutôt que les nuits de juillet.
Poser l’enveloppe avant de choisir la machine
La plupart des projets démarrent à l’envers : on choisit le gainable, puis on découvre le prix, puis on rogne sur les bouches pour rentrer dans le budget. Prenez le problème dans l’autre sens.
Sur une maison de 100 à 130 m², l’enveloppe réaliste tourne autour de 13 000 €. Cette somme n’achète pas la même chose selon la case cochée sur le devis, et surtout elle n’est pas nette du même montant après aides. Deux devis à 13 000 € peuvent laisser 13 000 € ou 8 500 € à votre charge.
Le gainable complet : le confort maximal, sans un euro d’aide
Un gainable réversible bien dimensionné reste ce qui se fait de mieux en confort d’été : chaque pièce est traitée, la diffusion est douce, et visuellement il ne reste qu’une grille au plafond. En mi-saison, il chauffe efficacement et remplace avantageusement des convecteurs électriques.
Le problème est ailleurs. À 13 000 €, vous payez le confort intégral, et vous le payez seul : pas de MaPrimeRénov’, pas d’éco-PTZ (depuis le 01/07/2025 le prêt reprend les mêmes exigences techniques que MaPrimeRénov’), TVA à 10 % sur la pose et non à 5,5 %.
Le multisplit : la moitié du budget, l’autre moitié ailleurs
Trois ou quatre unités murales bien placées coûtent 5 000 à 9 000 € posé. Le confort est moins homogène, les unités intérieures se voient, et les couloirs restent hors périmètre.
En échange, il vous reste 4 000 à 8 000 € pour traiter la cause plutôt que le symptôme : souffler 35 cm de laine dans les combles perdus, poser des volets roulants sur la façade ouest. Un multisplit dans une maison protégée du soleil consomme moins qu’un gainable dans une maison qui encaisse 6 heures de rayonnement direct chaque après-midi.
La PAC air-eau plus un split : la seule option cofinancée
Si la maison est chauffée par un plancher chauffant ou des radiateurs basse température, l’arbitrage bascule. Une PAC air-eau se pose entre 12 000 et 18 000 € posé, ouvre droit à 5 000 / 4 000 / 3 000 € selon la tranche avec un plafond de dépense de 12 000 €, bénéficie de la TVA à 5,5 % et peut être financée par un éco-PTZ allant jusqu’à 50 000 € sur 20 ans, sans condition de revenus. Le cumul MaPrimeRénov’ plus CEE est plafonné à 90, 75 ou 60 % du montant des travaux selon la tranche.
Elle ne rafraîchit pas, sauf modèle avec plancher rafraîchissant, dont l’effet reste modeste. D’où le montage qui marche le mieux en pratique : la PAC air-eau aidée pour l’hiver, plus un split mural de 1 800 à 2 800 € dans la pièce de vie pour les trois semaines de canicule. Les chambres du haut ne sont pas climatisées, mais la facture de chauffage a baissé et il existe un point de repli au rez-de-chaussée.
Un mural, des volets et de la laine : l’option dont personne ne parle
Aucun installateur ne vous proposera de dépenser 2 000 € chez lui et 9 000 € ailleurs. C’est pourtant l’option la plus pertinente sur une maison des années 1970 à 1990 aux combles mal isolés et aux baies sud non protégées.
- Un split mural bien placé dans le séjour, 1 500 à 2 500 € posé, avec une unité intérieure entre 19 et 24 dB(A) au mini.
- Isolation des combles perdus, poste le plus rentable de toute la rénovation énergétique.
- Protections solaires extérieures : volets, brise-soleil orientables, stores bannes. Arrêter le rayonnement avant le vitrage vaut mieux que le combattre après.
- Un ou deux brasseurs d’air au plafond, qui font gagner 2 à 3 °C ressentis pour une consommation dérisoire.
La même enveloppe, quatre résultats
| Option retenue pour environ 13 000 € | Ce qu’elle apporte réellement |
|---|---|
| Gainable réversible complet, 5 à 6 bouches | Toute la maison traitée, diffusion invisible, appoint de chauffage efficace en mi-saison. Aucune aide, TVA 10 % sur la pose, combles ou faux-plafond indispensables, entretien tous les 2 ans maximum. |
| Multisplit 3 à 4 unités (5 000 à 9 000 €) plus travaux | Les pièces qui comptent sont climatisées, les couloirs non. Il reste 4 000 à 8 000 € pour l’isolation et les volets, qui font baisser la demande toute l’année. Unités visibles et audibles en pointe. |
| PAC air-eau aidée plus un split dans le séjour | Facture de chauffage fortement réduite, 3 000 à 5 000 € d’aide selon la tranche, TVA 5,5 %, éco-PTZ possible. Confort d’été limité au rez-de-chaussée, chantier plus lourd (ballon, hydraulique, RGE). |
| Un mural bien placé plus isolation et protections solaires | Le moins de matériel, le plus d’effet structurel : la maison chauffe moins, donc tout équipement futur sera plus petit et moins cher. Pas de solution pour les chambres à l’étage en pleine canicule. |
Deux maisons, deux arbitrages chiffrés
Le propriétaire qui veut d’abord dormir en juillet. Maison de 2006, 118 m² de plain-pied avec combles perdus accessibles, près de Nîmes, chauffage par convecteurs électriques. Devis gainable réversible retenu : 13 400 € posé, six bouches, caisson dans les combles. Aides : aucune MaPrimeRénov’, un CEE de quelques centaines d’euros selon l’obligé, TVA 10 % sur la pose. Reste à charge : proche de 13 000 €. En contrepartie, le gainable prend le chauffage à la place des convecteurs et fait tomber la consommation de chauffage estimée de 40 à 60 % selon l’isolation et les usages. Ici, l’absence d’aide est compensée par le double usage.
Le propriétaire qui remplace une chaudière fioul. Maison de 1978, 132 m² sur deux niveaux en Saône-et-Loire, chaudière fioul de 2003, radiateurs fonte. PAC air-eau haute température : 15 800 € posé, TVA 5,5 %, artisan RGE. Ménage aux revenus intermédiaires : 3 000 € de MaPrimeRénov’ (plafond de dépense 12 000 €, barème en vigueur au 31/07/2026), plus les CEE, le solde étant finançable par éco-PTZ. Reste à charge après aides : de l’ordre de 12 000 €, étalé sur 20 ans si besoin. Économies annuelles estimées entre 700 et 1 300 € selon le prix du fioul et la qualité de l’enveloppe. Le split du séjour, 2 200 €, est reporté à l’été suivant : c’est l’arbitrage assumé, l’hiver d’abord.
RGE, TVA, entretien : ce qui se joue hors du prix affiché
La qualification RGE conditionne à la fois MaPrimeRénov’ et l’éco-PTZ. Sur un gainable air-air, elle ne sert à rien administrativement, ce qui ouvre le marché à des poseurs beaucoup moins contrôlés. Vérifiez au minimum l’attestation de capacité fluides frigorigènes, obligatoire pour manipuler du R32.
Côté exploitation, le décret 2020-912 impose un entretien tous les deux ans au maximum pour toute PAC ou climatisation de 4 à 70 kW, contrôle d’étanchéité compris. Comptez 150 à 250 € par visite. Et regardez où l’installateur veut poser l’unité extérieure : sous la fenêtre du voisin, l’émergence de 3 dB(A) la nuit prévue par l’article R.1336 se dépasse vite, l’OMS recommandant 30 dB(A) dans les chambres la nuit.
Les cas où l’arbitrage se retourne contre vous
Sur une maison mal isolée, le gainable est une erreur de séquence : vous dimensionnez une machine sur une déperdition qui va changer, et vous payez 13 000 € pour une puissance dont vous n’aurez plus besoin une fois les combles traités. Isolez d’abord, climatisez ensuite.
Avec des radiateurs fonte haute température non remplacés, la PAC air-eau standard décroche par grand froid et bascule sur l’appoint électrique. Les modèles haute température existent, plus chers, mais un devis qui ne mentionne ni la température de départ ni le calcul de déperdition est à écarter.
Méfiez-vous enfin des classiques : le démarchage téléphonique sur des offres à 1 € qui n’existent plus dans ce périmètre, le devis qui gonfle dès que vous prononcez le mot MaPrimeRénov’ (demandez un chiffrage hors aides pour le détecter), et le surdimensionnement vendeur, qui fait cycler la machine et dégrade le confort en mi-saison.
Vos questions, nos réponses
Le gainable est-il vraiment exclu de toutes les aides ?
De MaPrimeRénov’, oui : la climatisation air-air seule en est exclue depuis le 14/12/2023, que l’unité soit murale, console ou gainable. Restent les certificats d’économies d’énergie, dont le montant dépend de l’obligé et de vos revenus, et la TVA à 10 % sur la pose dans un logement de plus de deux ans. L’éco-PTZ, qui reprend depuis le 01/07/2025 les mêmes exigences techniques que MaPrimeRénov’, ne le finance pas non plus.
Peut-on cumuler une PAC air-eau et un gainable réversible ?
Techniquement oui, mais rarement dans une enveloppe de 13 000 €. Le couple PAC air-eau plus split mural coûte nettement moins cher que PAC air-eau plus gainable complet, pour un confort d’été proche dans la pièce où l’on vit réellement. Si le budget global dépasse 20 000 €, le gainable en complément se discute, en veillant à ne pas faire cohabiter deux unités extérieures sous la même fenêtre.
Combien de temps pour être livré et posé en 2026 ?
Sur le gainable, la pose se cale généralement en quelques semaines hors pleine saison, beaucoup plus en juin et juillet quand tout le monde appelle en même temps. Sur la PAC air-eau, le vrai goulot d’étranglement est l’artisan RGE : trois à quatre mois de délai sont courants dans certaines zones. Anticipez à l’automne, les plannings de septembre se remplissent dès la fin de l’été.
Faites chiffrer les deux scénarios en parallèle, gainable seul et PAC air-eau plus split, par au moins trois entreprises dont deux qualifiées RGE, et exigez à chaque fois le montant hors aides avant déduction. Une visite sur place, avec relevé des surfaces, des vitrages et de l’isolation existante, vaut mieux que dix devis établis au téléphone.







