Le rapport de Santé publique France publié en novembre 2025 confirme ce que les services d’urgence avaient pressenti dès juillet : l’été 2025 a été meurtrier. Avec 5 742 décès attribuables à la chaleur entre juin et août, il se place comme l’un des étés les plus mortels depuis la tragédie de 2003, qui avait causé près de 15 000 morts et bouleversé durablement la politique de santé publique française.
Un été exceptionnel par sa durée et son intensité
L’été 2025 a été classé 3e été le plus chaud en France depuis 1900, derrière 2003 et 2019. Il s’est caractérisé par quatre épisodes de canicule distincts, ce qui constitue un record pour une seule saison estivale. Le premier a frappé dès le 15 juin, avec des températures dépassant 40°C dans le Sud-Ouest. Le dernier n’a pris fin que le 28 août en Île-de-France, étirant la pression thermique sur plus de dix semaines.
Ce n’est pas tant l’intensité des pics — comparables à d’autres années récentes — qui explique la surmortalité, mais l’accumulation. Le corps humain ne récupère pas suffisamment entre deux épisodes successifs. La dette thermique s’accumule, affaiblissant progressivement les organismes fragilisés.
Les chiffres de surmortalité : qui est le plus touché ?
L’analyse de Santé publique France révèle une concentration très forte de la surmortalité sur certaines catégories de population.
- Les personnes de 75 ans et plus représentent 78 % des décès attribuables à la chaleur. Parmi elles, les résidents d’EHPAD et les personnes vivant seules à domicile sont surreprésentés.
- Les personnes atteintes de pathologies chroniques (insuffisance cardiaque, diabète, insuffisance rénale) voient leur risque de décès multiplié par 3 à 5 lors d’une canicule prolongée.
- Les travailleurs en extérieur constituent un groupe particulièrement exposé : agriculteurs, ouvriers du BTP, livreurs. Dix-sept décès en lien direct avec l’activité professionnelle ont été recensés en 2025.
- Les nourrissons et jeunes enfants de moins de 4 ans représentent une part plus faible mais non négligeable, notamment en raison de gardes à domicile dans des logements mal ventilés.
Le bilan sur neuf ans : 40 000 décès
Rapporté à une décennie, le bilan est vertigineux. Depuis 2016, Santé publique France estime à plus de 40 000 le nombre de décès attribuables à la chaleur en France. Un chiffre qui dépasse largement celui de nombreuses autres causes de mortalité environnementale, et qui reste peu connu du grand public.
Pour comparaison, l’ensemble des accidents de la route en France sur la même période représente environ 30 000 décès. La chaleur tue donc plus que la route, mais de façon diffuse, invisible, sans image choc ni fait divers mobilisateur.
Les leviers de prévention qui fonctionnent
La France n’est pas démunie. Le Plan national canicule, refondu en 2023, a prouvé son efficacité lors des épisodes de 2022 et 2024, où les décès avaient été significativement inférieurs aux projections. Les mesures qui ont fait leurs preuves sont connues :
- L’inscription au registre des personnes vulnérables tenu par les mairies, qui permet des appels de vigilance lors des alertes.
- Les salles fraîches accessibles au public (mairies, bibliothèques) maintenues ouvertes en soirée.
- Les numéros d’alerte et les campagnes de sensibilisation ciblant les aidants familiaux.
- L’adaptation des horaires de travail et des activités sportives lors des pics de chaleur.
Mais le rapport pointe aussi des lacunes persistantes : moins de 15 % des personnes éligibles sont inscrites aux registres communaux de vulnérabilité, et de nombreux EHPAD manquent encore de pièces climatisées ou de systèmes de rafraîchissement adaptés. Face à des étés qui s’allongent et s’intensifient, combler ces retards n’est plus une option.







