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Coffret de comptage electrique ouvert dans un logement

Refuser le compteur Linky : ce que dit le droit et ce que ça coûte

Clément M

Économies d'énergie

Refuser le compteur communicant reste possible en pratique, mais la question a changé de nature. Depuis le 1er août 2025, le refus a un prix, fixé par une décision de la Commission de régulation de l’énergie. Voici ce que dit vraiment le droit, ce que ça coûte, et comment ne pas payer inutilement.

L’essentiel

  • Le compteur n’appartient pas à l’usager : il est la propriété de la collectivité concédante, le gestionnaire de réseau en assurant l’exploitation.
  • Depuis le 1er août 2025, une contribution est facturée aux clients non équipés, à la suite d’une décision de la CRE du 4 février 2025.
  • Ordre de grandeur : environ 6,48 € hors taxes tous les deux mois, soit près de 40 € par an, avec un supplément d’environ 4,14 € hors taxes si l’index n’est pas transmis.
  • Environ 1,7 million de clients restent concernés, et transmettre soi-même son index permet d’éviter la part supplémentaire.

A-t-on le droit de refuser le compteur ? Il n’existe pas de droit d’opposition reconnu comme tel, mais le gestionnaire de réseau ne peut pas pénétrer dans un logement sans autorisation. En pratique, un refus exprimé pour un compteur situé à l’intérieur du domicile est donc respecté, au prix des frais de relève désormais facturés.

Qui est propriétaire du compteur, et pourquoi ça change tout

C’est le malentendu fondateur de tout le débat. Le compteur n’est pas un équipement du logement au même titre qu’une chaudière : il fait partie du réseau public de distribution, propriété des collectivités concédantes, généralement organisées en syndicats d’énergie. Le gestionnaire de réseau exploite ce patrimoine dans le cadre d’une concession.

Conséquence directe : l’usager n’a pas la maîtrise juridique de l’appareil. Refuser son remplacement ne relève pas du droit de propriété mais du droit à l’inviolabilité du domicile, qui reste solide en droit français. C’est pour cela que la position pratique diffère radicalement selon l’emplacement du compteur.

Emplacement du compteur Situation concrète en cas de refus
À l’intérieur du logement Aucun accès sans votre autorisation, le refus est de fait respecté
Dans un coffret extérieur accessible depuis la voie publique L’accès ne nécessite pas votre autorisation, le remplacement peut être réalisé
Dans les parties communes d’un immeuble L’accès relève de la copropriété, pas de la décision individuelle de l’occupant

Beaucoup d’oppositions individuelles se sont heurtées à cette réalité matérielle : un compteur en limite de propriété a été remplacé sans que le refus exprimé y change quoi que ce soit, et sans irrégularité.

Ce que le refus coûte désormais

Jusqu’en 2025, l’opposition était sans conséquence financière directe. Ce n’est plus le cas. La Commission de régulation de l’énergie a acté par décision du 4 février 2025 le principe d’une contribution des clients non équipés aux coûts qu’ils génèrent, appliquée à partir du 1er août 2025.

La logique est celle de la vérité des coûts : maintenir un relevé physique suppose l’envoi périodique d’un technicien, dépense jusque-là mutualisée sur l’ensemble des consommateurs. L’ordre de grandeur facturé se situe autour de 6,48 € hors taxes tous les deux mois, soit environ 7,78 € toutes taxes comprises par période, avec une part supplémentaire d’environ 4,14 € hors taxes lorsque l’index n’est pas transmis par le client.

Le point pratique à retenir : cette part supplémentaire est évitable. Un client opposé au compteur communicant qui transmet lui-même son index selon la périodicité demandée ne supporte pas la majoration liée au relevé manqué. Beaucoup l’ignorent et paient les deux lignes.

Un cas chiffré : ce que représente une opposition sur dix ans

Foyer opposé au remplacement, compteur situé à l’intérieur du logement, index transmis régulièrement par l’usager.

  • Contribution annuelle de base : de l’ordre de 40 € par an, soit environ 400 € sur dix ans.
  • Si l’index n’est jamais transmis, la majoration porte le total à un ordre de grandeur nettement supérieur sur la même durée.
  • Coût du compteur communicant lui-même : nul pour l’usager, son financement étant intégré au tarif d’acheminement.
  • Manque à gagner indirect : l’impossibilité d’accéder à une courbe de charge horaire, donc de vérifier la pointe réelle et d’ajuster la puissance souscrite, poste sur lequel l’économie estimée se compte aussi en dizaines d’euros par an.

La comparaison est utile parce qu’elle déplace le débat. La question n’est plus « ai-je le droit », mais « qu’est-ce que ce choix me coûte, et qu’est-ce qu’il m’évite réellement ». Chacun est libre de trancher, à condition de connaître les deux colonnes.

Le cas de l’électrosensibilité

C’est le motif d’opposition le plus fréquemment invoqué et le plus difficile à traiter en droit. Les mesures officielles montrent des niveaux d’exposition très faibles autour du compteur, la communication passant par le câble électrique et non par une antenne radio. Les recours fondés sur ce motif ont majoritairement été écartés par les juridictions, avec quelques décisions plus favorables lorsqu’un dossier médical circonstancié était produit.

En pratique, l’existence d’un certificat médical ne crée pas un droit automatique à l’exemption, mais il change la nature du dialogue avec le gestionnaire de réseau. Là encore, si le compteur est à l’extérieur, l’argument juridique reste sans effet matériel.

Locataire, copropriétaire, bailleur : qui décide

La situation se complique dès qu’on n’est pas seul en cause. Un locataire est titulaire du contrat de fourniture et occupe le logement : c’est lui qui autorise ou refuse l’accès au compteur situé à l’intérieur. Le propriétaire bailleur n’a pas de moyen simple de lui imposer le remplacement, ni l’inverse.

  • Compteur dans les parties communes d’une copropriété : la décision d’accès relève du syndicat des copropriétaires, pas de l’occupant.
  • Compteur en coffret extérieur : l’opposition individuelle reste sans effet matériel.
  • Changement de locataire : la mise en service à distance n’est pas possible sur un ancien compteur, ce qui rallonge le délai et peut occasionner des frais d’intervention.
  • Vente du logement : un compteur ancien n’empêche rien, mais l’acquéreur héritera de la situation et de la contribution.

Ce dernier point est rarement anticipé. Sur un bien mis en location, l’absence de compteur communicant complique chaque changement de locataire, avec une intervention physique nécessaire là où l’opération se ferait à distance en quelques heures.

Contre-pied : les arguments qui ne tiennent pas

Trois affirmations circulent et méritent d’être écartées, indépendamment de ce qu’on pense du dispositif. La première : le compteur ferait augmenter la consommation. Il mesure, il ne consomme pas à votre place ; les hausses constatées lors du remplacement correspondent presque toujours à la fin d’index estimés depuis longtemps. La deuxième : refuser protégerait vos données. L’index quotidien remonte par défaut, mais la courbe de charge fine ne remonte qu’avec un consentement explicite et révocable, ce qui laisse le contrôle à l’usager. La troisième : le refus serait gratuit. Ce n’est plus vrai depuis le 1er août 2025.

À l’inverse, une critique reste légitime et rarement traitée : la valeur du dispositif pour l’usager dépend entièrement de sa capacité à exploiter les données, et l’accompagnement sur ce point est faible. Un compteur communicant dont on ne consulte jamais les données n’apporte rien de plus qu’un ancien compteur, et cette réalité alimente le sentiment d’un déploiement fait pour le gestionnaire plutôt que pour l’abonné.

Un mot enfin sur le démarchage, qui exploite abondamment le sujet. Aucun opérateur ne vous appellera pour vous « mettre en conformité », pour vous vendre un filtre ou un boîtier de protection, ni pour vous faire signer des travaux liés au compteur. Ces appels sont systématiquement commerciaux, souvent trompeurs, et parfois suivis d’une proposition de rénovation assortie d’une aide inventée. Vérifiez toujours le nom du dispositif annoncé, comme nous le recommandons sur MaPrimeRénov’.

Vos questions, nos réponses

Peut-on m’imposer le remplacement de force ?

Pas à l’intérieur de votre logement : l’inviolabilité du domicile fait obstacle à toute intervention sans votre autorisation, et cette protection est solide. En revanche, si votre compteur se trouve dans un coffret extérieur accessible depuis la voie publique ou dans les parties communes d’un immeuble, votre opposition individuelle n’a pas d’effet matériel et le remplacement peut être réalisé sans que cela constitue une irrégularité.

Comment éviter la majoration facturée aux opposants ?

En transmettant vous-même votre index selon la périodicité demandée par le gestionnaire de réseau. La contribution de base liée au maintien d’un relevé physique reste due, mais la part supplémentaire liée au relevé manqué, de l’ordre de 4,14 € hors taxes, disparaît. C’est le geste le plus rentable pour qui maintient son opposition, et il est encore largement ignoré des personnes concernées.

Le refus a-t-il des conséquences en cas de vente ou de location ?

Aucune interdiction, mais des frictions concrètes. Sur un logement loué, chaque changement de locataire impose une intervention physique pour la mise en service, alors qu’elle se ferait à distance avec un compteur communicant, avec un délai et parfois des frais associés. En cas de vente, l’acquéreur reprend la situation en l’état, contribution comprise, et découvre parfois le sujet après la signature.

Si votre objectif de fond est de maîtriser votre facture d’électricité plutôt que de trancher un débat technique, le levier utile n’est pas le compteur mais votre installation de chauffage. Faites établir deux ou trois devis auprès d’artisans qualifiés RGE à partir de vos consommations réelles des trois dernières années, en leur demandant de justifier le dimensionnement par les déperditions du logement.

A propos de l'auteur :

Clément M

Clément est entrepreneur et fondateur de Clima Progress. Il décrypte la rénovation énergétique sans langue de bois : pompes à chaleur, aides, isolation, prix réels et pièges à éviter. Son obsession : aider chaque propriétaire à faire les bons choix, chiffres à l'appui.

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