Devis gratuit
Unité de méthanisation agricole injectant du biométhane dans le réseau de gaz

Biogaz : le Danemark à 99,7 %, ce que ça change pour la chaudière gaz

Clément M

Chauffage

L’essentiel

  • En juillet 2026, le biogaz a couvert 99,7 % de la consommation de gaz du Danemark (données Energinet) ; sur l’année, la part tourne autour de 40 %.
  • En France, le biométhane a représenté 3,3 % des injections de gaz au premier trimestre 2026, avec 823 sites raccordés au 31 mars.
  • La chaudière gaz a perdu ses soutiens publics : TVA à 20 % depuis mars 2025 et zéro aide MaPrimeRénov’ ; les rénovations d’ampleur aidées l’excluent à partir du 1er septembre 2026.
  • Au prix repère CRE d’août 2026 (0,125 €/kWh TTC), le kWh de chaleur au gaz coûte près du double de celui d’une pompe à chaleur à SCOP 3.

La chaudière gaz a-t-elle encore un avenir en France ? Un avenir technique oui, un avenir subventionné non : TVA passée à 20 % en mars 2025 et exclusion des rénovations d’ampleur aidées au 1er septembre 2026, quand MaPrimeRénov’ ne verse déjà plus rien pour ce matériel. Le biométhane français couvre 3,3 % des injections, trop peu pour verdir l’argument gaz. Reste une question de calendrier : votre chaudière actuelle, elle, ne doit pas forcément partir demain.

Un mois de juillet historique sur le réseau gazier danois

Les chiffres viennent d’Energinet, le gestionnaire du réseau danois, relayés fin juillet par la fédération Biogas Danmark : en juillet 2026, la production de biogaz a couvert 99,7 % de la consommation de gaz du pays. Quatre records sont tombés le même mois : la part mensuelle, la production mensuelle, la part sur une seule journée et la production journalière. Début juillet, la production a même dépassé la consommation nationale pendant une journée entière, une première.

Un bémol, et il est de taille. Juillet est le mois où un pays chauffe le moins. Sur l’année, le biogaz couvre environ 40 % de la consommation danoise, et l’agence danoise de l’énergie vise les 100 % de gaz vert vers 2035. Søren Pind, président de Biogas Danmark, revendique un pays « leader du biogaz ». Il n’a pas tort. Le Danemark part toutefois avec deux atouts : une consommation de gaz bien plus faible que la française et une densité d’élevages qui alimente les méthaniseurs en lisier.

La France injecte 3,3 % de biométhane, et le rythme fléchit

La comparaison pique. Au 31 mars 2026, la France comptait 823 installations injectant du biométhane dans les réseaux, pour une capacité de 15,9 TWh/an, selon le tableau de bord du ministère de la Transition écologique. Sur le premier trimestre 2026, le biométhane a pesé 3,3 % des injections de gaz. En 2025, un peu plus de 12 TWh ont été injectés sur l’année entière.

La dynamique ralentit, en plus. Le premier trimestre 2026 n’a ajouté que 217 GWh/an de capacité nouvelle, moitié moins qu’un an plus tôt. La programmation pluriannuelle de l’énergie, publiée par décret le 12 février 2026, vise pourtant 44 TWh de biométhane injecté en 2030, contre 9 TWh en 2023. Il faudrait presque tripler le parc en quatre ans. Les 1 227 projets en file d’attente (20,8 TWh/an) laissent la porte ouverte, à condition que les financements suivent.

La molécule est la même, votre facture ne change pas

Précision utile : le biométhane, une fois épuré, c’est du méthane. Votre chaudière en brûle déjà, à hauteur de la part injectée sur le réseau. Aucun réglage, aucun matériel à changer. Les offres « gaz vert » des fournisseurs reposent sur des garanties d’origine : vous payez pour financer la filière, pas pour recevoir une molécule différente chez vous.

Même si la France atteignait ses 44 TWh en 2030, le gaz distribué resterait très majoritairement fossile. Parier sur « ma chaudière tournera bientôt au vert » ne tient pas, ni côté climat ni côté budget.

Aides et TVA : l’État a déjà tranché contre la chaudière gaz

Pendant que Copenhague fête ses records, Paris débranche le gaz des aides, méthodiquement. La fourniture et la pose d’une chaudière gaz sont taxées à 20 % de TVA depuis le 1er mars 2025 (loi de finances pour 2025), contre 5,5 % pour une pompe à chaleur. MaPrimeRénov’ ne finance plus ce matériel depuis 2023. Au 1er septembre 2026, une rénovation d’ampleur qui conserve un chauffage gaz en maison individuelle perdra l’accès aux aides, MaPrimeRénov’ comme coup de pouce CEE, sauf raccordement à un réseau de chaleur. Nous avons détaillé cette bascule dans notre article sur la fin des aides aux rénovations qui gardent le gaz.

Chaudière gaz (au 04/08/2026) PAC air-eau (au 04/08/2026)
TVA à 20 % sur fourniture et pose TVA à 5,5 %
MaPrimeRénov’ : 0 € MaPrimeRénov’ : jusqu’à 5 000 €
Pas de coup de pouce CEE Prime CEE multipliée par 5 en remplacement d’une chaudière fossile
Environ 0,13 € le kWh de chaleur Environ 0,07 € le kWh de chaleur (SCOP 3)
Exclue des rénovations d’ampleur aidées dès le 01/09/2026 Compatible avec toutes les aides en vigueur

Un dossier complet déposé avant le 1er septembre 2026 reste traité selon les règles actuelles. Le parcours par geste ne bouge pas : un logement chauffé au gaz peut toujours demander une aide pour isoler ou ventiler. L’entretien annuel de la chaudière conserve aussi sa TVA réduite.

Le calcul au kWh utile, loin des plaquettes commerciales

Au prix repère de la CRE d’août 2026, le kWh de gaz vaut 0,12527 € TTC pour un ménage qui se chauffe, avec un abonnement de 360,79 €/an. Le kWh d’électricité au tarif réglementé est à 0,2001 € en option base depuis le 1er août 2026. Le gaz semble gagner. Sauf qu’une chaudière restitue au mieux 0,9 à 1 kWh de chaleur par kWh facturé, quand une PAC air-eau bien dimensionnée en restitue autour de 3 en moyenne annuelle, valeur de terrain, pas de catalogue.

Résultat : environ 0,13 € le kWh de chaleur au gaz, contre 0,067 € avec une PAC à SCOP 3. Près du double. Ce rapport résiste aux mouvements récents : gaz en baisse de 1,87 % en août, électricité en hausse de 2,5 %, l’écart par kWh utile reste béant.

Cas concret : 110 m² près d’Orléans, chaudière gaz de 2007

Prenons une maison de 110 m² en zone H1, chaudière gaz de 2007, 16 000 kWh de gaz par an pour le chauffage et l’eau chaude. Facture au prix repère d’août 2026 : environ 2 004 € de consommation plus 361 € d’abonnement, soit 2 365 €/an TTC.

Le devis PAC air-eau retenu : 13 500 € posés, ballon d’eau chaude intégré. Comptez les contraintes réelles : l’unité extérieure ne se pose pas sous la fenêtre d’une chambre (la vôtre ou celle du voisin), et l’installateur RGE sérieux de notre exemple annonce trois mois et demi de délai. Aides pour un ménage au profil « jaune » : 4 000 € de MaPrimeRénov’ et une prime coup de pouce CEE estimée à 3 000 €, variable selon la zone climatique, la surface et l’ETAS de la machine. Reste à charge : 6 500 €.

Côté consommation, les quelque 14 400 kWh de chaleur utile demanderaient environ 4 800 kWh d’électricité à SCOP 3, soit 960 €/an au tarif d’août 2026. Abonnement gaz résilié, l’économie estimée tourne autour de 1 200 à 1 400 €/an, entretien déduit. L’investissement se rembourserait en cinq à six ans. Estimation, pas promesse : un hiver rude ou un SCOP décevant décalent le point d’équilibre. Notre guide détaille le prix et le reste à charge d’une PAC air-eau en 2026.

Les cas où garder sa chaudière gaz reste le bon calcul

Une chaudière à condensation de moins de dix ans qui fonctionne n’a aucune raison de partir à la benne. L’écart de facture ne compense pas la mise au rebut d’un matériel à moitié amorti. Idem en appartement : la PAC air-eau individuelle y est rarement possible, et la copropriété a son mot à dire sur l’unité extérieure.

Autre cas fréquent : des radiateurs en fonte dimensionnés pour de l’eau à 70 °C. Une PAC standard y perd son rendement. Il faut alors une PAC haute température, plus chère, ou une chaudière hybride gaz dont nous avons évalué la pertinence. Budget trop serré ou aucun emplacement acceptable pour l’unité extérieure : deux autres motifs de sursis parfaitement valables.

Méfiance enfin sur les pièges commerciaux. Les démarcheurs qui agitent une « interdiction du gaz » imminente mentent : rien n’interdit d’entretenir ou de remplacer une chaudière existante au 04/08/2026. Certains devis de PAC gonflent aussi mystérieusement du montant exact des aides. Comparez plusieurs offres avant de signer ; notre comparatif chaudière gaz ou pompe à chaleur donne les fourchettes de référence.

Vos questions, nos réponses

Le chauffage au gaz va-t-il être interdit dans les logements existants ?

Non, aucune interdiction ne vise les logements existants au 04/08/2026. La RE2020 écarte de fait le chauffage gaz des maisons individuelles neuves depuis 2022, mais rien n’empêche d’entretenir ou de remplacer une chaudière en place, et l’entretien conserve une TVA réduite. Ce qui disparaît, ce sont les soutiens publics : TVA à 20 % sur l’installation depuis mars 2025, puis exclusion des rénovations d’ampleur aidées à partir du 1er septembre 2026.

Ma chaudière actuelle peut-elle déjà fonctionner au biométhane ?

Oui, sans aucun réglage. Le biométhane épuré injecté dans le réseau est du méthane, identique au gaz naturel pour votre brûleur. Il a représenté 3,3 % des injections françaises au premier trimestre 2026 : votre chaudière en consomme donc déjà une petite fraction. Les offres « gaz vert » vendues plus cher reposent sur des garanties d’origine, un mécanisme de traçabilité qui finance la filière sans changer la molécule livrée chez vous.

Faut-il déposer son dossier MaPrimeRénov’ avant le 1er septembre 2026 ?

Uniquement si vous prévoyez une rénovation d’ampleur en conservant votre chaudière gaz. Un dossier complet déposé avant le 1er septembre 2026 reste traité selon les règles actuelles ; après, le chauffage fossile devra disparaître du projet en maison individuelle, hors raccordement à un réseau de chaleur. Le parcours par geste n’est pas touché : l’isolation ou un chauffe-eau thermodynamique restent aidés dans un logement chauffé au gaz, sans obligation de déposer la chaudière.

Avant de signer un devis

  • Comparer au moins trois devis d’installateurs RGE QualiPAC, aides déduites ligne par ligne.
  • Exiger un dimensionnement fondé sur une étude thermique, pas sur un ratio « au m² ».
  • Valider l’emplacement de l’unité extérieure et le niveau sonore annoncé, voisinage compris.
  • Faire chiffrer un éventuel changement de puissance souscrite du compteur électrique.

Le record danois fera peut-être date. Pour votre projet, l’échéance qui compte est française : le 1er septembre 2026. D’ici là, faites établir plusieurs devis d’installateurs RGE et comparez le scénario pompe à chaleur au statu quo sur dix ans, avec vos chiffres, pas ceux d’un commercial.

A propos de l'auteur :

Clément M

Clément est entrepreneur et fondateur de Clima Progress. Il décrypte la rénovation énergétique sans langue de bois : pompes à chaleur, aides, isolation, prix réels et pièges à éviter. Son obsession : aider chaque propriétaire à faire les bons choix, chiffres à l'appui.

Laisser un commentaire

Devis gratuit