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Lit de rivière presque à sec dans la campagne française pendant la sécheresse estivale

« L’eau est plus chaude que l’air » : ce qu’une sécheresse historique fait à une PAC sur nappe ou sur rivière

Clément M

Chauffage

Dans la Creuse, un inspecteur de l’environnement a résumé l’été 2026 d’une phrase reprise par franceinfo le 11 août : l’eau est plus chaude que l’air. Le relevé qui l’accompagne, 32,9 °C, n’est pas une anecdote de terrain pour une pompe à chaleur qui puise sa source dans une nappe ou dans une rivière. C’est un chiffre qui touche à la fois la performance de la machine et sa légalité.

Une source froide qui n’en est plus une

Le principe d’une pompe à chaleur eau/eau tient dans un écart. On prélève de l’eau, on lui retire quelques degrés, on restitue. L’intérêt d’une nappe tient à sa stabilité : autour de 11 à 13 °C toute l’année sous nos latitudes, contre un air extérieur qui oscille entre -5 et 40 °C. C’est ce qui donne à la géothermie de surface ses coefficients de performance élevés et réguliers.

Cette stabilité repose sur deux hypothèses : un niveau d’eau suffisant, et une inertie thermique du sous-sol. L’été 2026 attaque les deux. Dans la Creuse, sur 35 cours d’eau suivis, trois seulement ne sont pas à sec, et plus de 90 % des petits cours d’eau ne coulent plus. À Évaux-les-Bains, l’écoulement s’est arrêté depuis plus d’un mois, une date jamais observée aussi tôt dans l’année selon les agents de terrain. L’Office français de la biodiversité qualifie l’épisode de plus critique jamais enregistré à cette période, avec deux fois plus de cours d’eau asséchés qu’en 2025 et une situation plus dégradée qu’en 2022.

Une eau superficielle à 32,9 °C ne peut plus servir de puits froid pour du rafraîchissement. Elle reste utilisable en hiver pour du chauffage, mais le problème se pose maintenant, en août, quand certaines installations basculent en geocooling.

Ce que dit le texte, et pourquoi il devient contraignant

La très grande majorité des installations résidentielles sur nappe relèvent du régime de la géothermie de minime importance. Pour une boucle ouverte, c’est-à-dire un doublet de forages avec prélèvement et réinjection, les critères sont cumulatifs : profondeur de forage inférieure à 200 m, puissance thermique prélevée inférieure ou égale à 500 kW, température de l’eau prélevée inférieure à 25 °C, débit pompé inférieur à 80 m³/h, et réinjection dans le même aquifère avec équilibre entre volumes prélevés et réinjectés.

L’arrêté du 25 juin 2015 ajoute deux garde-fous que la sécheresse met sous tension. La température maximale de réinjection ne doit pas dépasser 32 °C. Et l’activité ne doit pas causer une variation de température de la nappe exploitée de plus de 4 °C en limite de propriété ou dans un rayon de 200 mètres autour des ouvrages de production et de réinjection.

Faites le calcul avec une nappe déjà réchauffée. Si l’eau prélevée arrive à 20 °C au lieu de 12 °C et que la machine rejette la chaleur du logement, le plafond des 32 °C au rejet cesse d’être théorique. Et le critère des 25 °C au prélèvement, qui semblait confortable, devient un vrai sujet dans les nappes alluviales peu profondes exposées aux crues thermiques estivales.

Trois façons de puiser dans l’eau, trois expositions différentes

Critère Boucle ouverte sur nappe (doublet) Boucle fermée verticale (sondes) Échange sur cours d’eau
Ce que l’été 2026 dégrade Niveau piézométrique et température de l’eau prélevée Conductivité thermique du terrain quand il s’assèche Débit, température, parfois disparition totale de la lame d’eau
Encadrement principal Géothermie de minime importance, arrêté du 25 juin 2015 Géothermie de minime importance, même arrêté Loi sur l’eau, autorisation ou déclaration au titre des IOTA
Seuils à surveiller Prélèvement sous 25 °C, rejet sous 32 °C, variation de nappe sous 4 °C, débit sous 80 m³/h Forage sous 200 m, puissance sous 500 kW Débit réservé et prescriptions préfectorales
Exposition aux arrêtés sécheresse Forte, un prélèvement reste un prélèvement même s’il est restitué Nulle, le fluide ne quitte jamais le circuit Maximale, premiers usages suspendus
Signal d’alerte à l’usage Perte d’amorçage, débit qui chute, sécurité basse pression Températures de boucle qui dérivent d’année en année Crépine hors d’eau, colmatage

Le point que beaucoup d’installateurs oublient : l’arrêté préfectoral

Au 9 août 2026, 99 départements étaient au moins placés en vigilance sécheresse, dont 67 en crise et 21 en alerte renforcée. En métropole, un seul département échappait à toute restriction, la Haute-Corse. Ces arrêtés visent les usages de l’eau, et la nuance qui compte ici est simple : une pompe à chaleur en boucle ouverte prélève, même si elle restitue le même volume quelques mètres plus loin.

Selon les départements, les arrêtés de crise interdisent les prélèvements non prioritaires ou les soumettent à dérogation. Un propriétaire qui utilise son doublet pour rafraîchir sa maison en plein pic de sécheresse peut donc se retrouver hors des clous, sans en avoir la moindre idée, parce que personne ne lui a expliqué que son chauffage est aussi un usage de l’eau. Le réflexe utile est de consulter l’arrêté en vigueur dans sa commune avant de basculer l’installation en mode rafraîchissement.

À l’inverse, une boucle fermée sur sondes verticales n’est pas concernée par ces restrictions, puisqu’aucune eau n’est prélevée. Elle a d’autres faiblesses en période sèche, que nous avons détaillées dans notre article sur les capteurs enterrés dans un sol sec.

Que faire si votre installation est concernée

Commencez par relever ce que l’arrêté du 25 juin 2015 vous impose déjà de consigner chaque année : heures de fonctionnement, températures d’entrée et de sortie à la pompe à chaleur, température maximale de sortie, volumes prélevés et rejetés, index du compteur. Ce carnet, souvent négligé, est exactement ce qui permet de voir venir une dérive thermique de la nappe avant qu’elle ne devienne irréversible.

Si la température de prélèvement grimpe d’année en année, deux causes sont possibles : la nappe se réchauffe globalement, ou votre propre réinjection revient vers le puits de production. C’est le court-circuit hydraulique, et il se corrige par la distance entre les deux ouvrages ou par leur profondeur, pas par le réglage de la machine.

Enfin, l’arrêté prévoit une inspection vidéo, ou une méthode équivalente, tous les dix ans, réalisée par une entreprise de forage qualifiée. Sur un été où les niveaux sont historiquement bas, c’est le bon moment pour la programmer : une crépine partiellement dénoyée s’observe beaucoup mieux en étiage. Pour le reste du jardin et de l’installation, nos recommandations de saison sont réunies dans ce dossier sécheresse, et le choix entre les deux familles de machines est traité dans notre comparatif aérothermie contre géothermie.

Questions de propriétaires

Ma PAC sur nappe peut-elle tomber en panne à cause de la sécheresse ?

Elle peut se mettre en sécurité, ce qui n’est pas la même chose. Deux scénarios dominent : la baisse du niveau piézométrique dénoie la pompe immergée et provoque une perte d’amorçage, ou la température d’entrée sort de la plage admise par le constructeur et déclenche un défaut haute pression. Dans les deux cas, la machine s’arrête pour se protéger et redémarre quand les conditions reviennent.

Suis-je obligé de déclarer mon forage géothermique ?

Oui. Une activité géothermique de minime importance fait l’objet d’une télédéclaration préalable, et les travaux doivent être réalisés par une entreprise de forage qualifiée, conformément aux arrêtés du 25 juin 2015. Un forage réalisé sans déclaration ne pose problème que le jour où il en pose un, en général lors d’une vente ou d’un contentieux de voisinage.

Peut-on rafraîchir avec une nappe à 20 °C ?

Techniquement oui, mais le geocooling direct, sans compresseur, perd tout son intérêt : l’écart avec l’ambiance à rafraîchir devient trop faible pour évacuer une puissance utile. Il reste possible de basculer sur un cycle actif, avec compresseur, mais le rendement se rapproche alors de celui d’une machine classique et le rejet thermique dans la nappe se rapproche du plafond réglementaire de 32 °C.

A propos de l'auteur :

Clément M

Clément est entrepreneur et fondateur de Clima Progress. Il décrypte la rénovation énergétique sans langue de bois : pompes à chaleur, aides, isolation, prix réels et pièges à éviter. Son obsession : aider chaque propriétaire à faire les bons choix, chiffres à l'appui.

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