Dans une maison neuve, le gainable réversible ne se décide pas après la remise des clés : il entre dans le calcul réglementaire du projet, au même titre que l’épaisseur d’isolant ou le type de VMC. Cet article détaille ce que la RE2020 mesure, pourquoi le confort d’été est l’indicateur qui vous concerne directement, et à quel moment poser la question au constructeur plutôt qu’à un installateur.
L’essentiel
- Réglementation applicable aux logements neufs depuis le 1er janvier 2022, six indicateurs à respecter simultanément (Bbio, Cep, Cep,nr, Ic construction, Ic énergie, DH), sans compensation de l’un par l’autre.
- Confort d’été mesuré en degrés-heures d’inconfort : sous 350 °C.h le logement est jugé confortable sans froid actif, au-delà de 1 250 °C.h le projet n’est pas conforme.
- Entre les deux, un forfait de refroidissement s’ajoute à la consommation calculée même sans climatisation installée ; si un système est déclaré, c’est sa consommation réelle qui compte.
- Aucune aide rénovation dans le neuf : MaPrimeRénov’ hors sujet, et la TVA à 5,5 % vise les logements de plus de 2 ans. Le gainable se paie au taux plein.
Un gainable réversible est-il compatible avec la RE2020 ? Oui, aucun texte n’interdit de climatiser un logement neuf. La réglementation ne bannit pas de système, elle plafonne des résultats : la maison doit rester sous 1 250 °C.h d’inconfort estival et sous ses seuils de consommation, le froid pesant dans le bilan comme le chauffage. La nuance change tout : le calcul du confort d’été, lui, ignore volontairement votre climatiseur.
Ce que la réglementation met réellement sous surveillance
Quatre familles d’exigences se superposent, et elles ne parlent pas du même sujet.
La première regarde l’enveloppe seule. Le Bbio traduit le besoin bioclimatique du bâtiment indépendamment des machines installées : chauffage, refroidissement, éclairage. Compacité, orientation, surfaces vitrées, isolation, ponts thermiques. Un Bbio hors clous ne se rattrape pas avec un bel équipement, c’est le plan qu’il faut reprendre.
La deuxième porte sur l’énergie primaire, avec le Cep et sa variante non renouvelable Cep,nr. C’est là que les équipements comptent, refroidissement inclus, et l’électricité y est convertie avec un coefficient de 2,3 : la résistance électrique directe ne passe quasiment plus, la pompe à chaleur s’est imposée par défaut.
La troisième est carbone et double : l’Ic construction couvre matériaux et équipements, l’Ic énergie celle qui sera consommée sur la durée de vie du bâtiment. Fluide frigorigène et linéaire de gaine y figurent. La quatrième, la plus concrète pour un futur propriétaire, s’appelle DH.
Le confort d’été, le seul indicateur qui parle vraiment de climatisation
Le DH cumule, sur une année simulée heure par heure avec un scénario de vague de chaleur, les heures pendant lesquelles la température intérieure dépasse le seuil de confort, pondérées par l’écart. Le seuil de référence est de 26 °C la nuit, et un seuil adaptatif compris entre 26 et 28 °C le jour. Le résultat s’exprime en degrés-heures, °C.h.
Deux repères structurent la lecture. Sous 350 °C.h, le logement est jugé confortable en été sans système actif. Au-dessus de 1 250 °C.h, il n’est pas conforme, quelle que soit la région. Ce plafond peut être relevé dans des situations précises, notamment quand l’environnement sonore interdit d’ouvrir les fenêtres la nuit, mais un relèvement se justifie au dossier, il ne se décrète pas.
Entre les deux, la maison est en zone grise : conforme, mais l’inconfort calculé se transforme en besoin de froid, et ce besoin retombe sur la consommation.
Pourquoi le calcul fait comme si votre gainable n’existait pas
C’est le point qui surprend le plus les acquéreurs : le DH est calculé par convention sans tenir compte de la climatisation prévue. La réglementation veut savoir comment le bâtiment se comporte livré à lui-même, avec ses seules protections passives. Impossible de compenser une baie plein sud sans casquette par un gros groupe extérieur.
Le passif d’abord, l’actif ensuite. Les leviers manipulés par le bureau d’études avant de parler machine sont toujours les mêmes.
- L’orientation et la taille des vitrages, en particulier à l’ouest, l’exposition la plus punitive en fin de journée.
- Les protections solaires : casquettes, débords, brise-soleil, volets ou stores extérieurs, qui arrêtent le rayonnement avant le vitrage.
- L’inertie, qui amortit le pic de l’après-midi.
- La surventilation nocturne, qui suppose des ouvrants traversants et sécurisés, pas une imposte de salle de bains.
Vient ensuite la mécanique du forfait. Si le DH dépasse 350 °C.h sans système de refroidissement déclaré, une consommation de froid théorique est ajoutée au Cep, proportionnelle à l’inconfort et modulée selon la localisation : la maison est pénalisée pour une climatisation qu’elle n’a pas. Quand un système est déclaré, sa consommation réelle remplace ce forfait, et une PAC air-air réversible est alors comptée deux fois, en chauffage et en refroidissement. Avec un appareil très efficace, le calcul peut se révéler inférieur au forfait. Contre-intuitif, mais déclarer le froid est parfois plus favorable que de le taire.
Ce que chaque exigence impose au système que vous choisirez
| Exigence réglementaire | Conséquence sur le choix du système |
|---|---|
| Bbio plafonné, calculé sur l’enveloppe seule | Isolation, vitrages et protections solaires se jouent avant tout choix d’équipement. |
| DH sous 1 250 °C.h, calculé sans climatisation | Le confort d’été doit être atteint par la conception. Le gainable est un complément de confort, jamais la réponse réglementaire. |
| DH au-delà de 350 °C.h | Un forfait de froid s’ajoute au Cep même sans machine. Déclarer une PAC réversible performante peut peser moins lourd que ce forfait. |
| Cep et Cep,nr plafonnés, électricité au coefficient 2,3 | Le SCOP et le SEER de l’appareil deviennent des arguments de conformité, pas de brochure. |
| Ic construction et Ic énergie | Fluide frigorigène, masse d’équipement et linéaire de réseau entrent dans le bilan carbone du bâtiment. |
| Étanchéité à l’air mesurée en fin de chantier | Le réseau de gaines se conçoit dans le volume chauffé, isolé, avec le moins de percements possible. |
| Vérification des débits de ventilation à réception | La VMC ne se confond pas avec le gainable. Deux réseaux distincts à prévoir, et deux fois de la place à trouver. |
Ventilation et étanchéité, les deux contrôles qui attendent la fin du chantier
La perméabilité à l’air est mesurée sur le bâtiment fini, à la porte soufflante. En maison individuelle, le coefficient Q4Pa-surf ne doit pas dépasser 0,6 m³/(h.m²). Un réseau aéraulique mal pensé, des gaines qui percent le pare-vapeur en combles, et le test se solde par des reprises quand tout est déjà fermé. Comptez 350 à 700 € pour la mesure, prix constatés, souvent inclus par le constructeur.
La vérification des systèmes de ventilation est elle aussi obligatoire à la réception, pour les permis déposés depuis le 1er janvier 2022 : contrôle du caisson, des réseaux, des entrées d’air, mesure des débits aux bouches. À garder en tête si un installateur propose de faire passer l’air neuf par le gainable, ce sont deux fonctions distinctes.
Une maison de 120 m² en zone méditerranéenne, chiffres en main
Projet de forme courante : plain-pied de 120 m² en zone chaude, permis déposé en 2026, baies au sud sous débord de toiture, volets roulants partout. Le bureau d’études sort un DH de l’ordre de 700 °C.h. Conforme, mais bien au-dessus du seuil bas, donc un forfait de froid alourdit le Cep.
Deux scénarios. Une PAC air-eau sur plancher chauffant sans rafraîchissement, 12 000 à 16 000 € posé en prix constatés dans le neuf, le forfait restant dans le calcul. Ou un gainable réversible de classe énergétique élevée, réseau en volume chauffé, six bouches, 9 000 à 14 000 € posé selon le linéaire et la marque, avec une consommation de froid réelle à la place du forfait.
Côté aides, la réponse tient en un mot : zéro. Pas de MaPrimeRénov’ dans le neuf, TVA à 20 % puisque le taux de 5,5 % vise les travaux d’amélioration énergétique dans un logement de plus de 2 ans. Le reste à charge est le montant du devis, entier. En regard, avec un SCOP autour de 4, la facture de chauffage estimée tourne entre 350 et 600 € par an contre le triple ou le quadruple en radiateurs électriques directs, qui de toute façon ne passeraient pas le Cep. Estimations, dépendantes des usages et du prix du kWh.
Les cas où le gainable n’a rien à faire dans le projet
Si le bureau d’études annonce un DH sous 350 °C.h, la maison est confortable sans froid actif. Vous pouvez la climatiser quand même, c’est un choix de confort assumé, mais rien ne l’impose et le budget est peut-être mieux placé dans dix centimètres d’isolant en toiture.
Il est aussi mal placé quand la maison n’offre pas de volume technique. Plafond à 2,50 m sans faux plafond possible, et le réseau part en combles perdus non isolés : pertes été comme hiver, condensation, entretien acrobatique. Le coude serré en sortie de caisson parce qu’il n’y avait pas la place, c’est la gaine qui siffle dans le couloir tous les soirs pendant vingt ans. Et si un plancher chauffant hydraulique est déjà prévu, doubler revient à payer deux systèmes et deux entretiens.
Les pièges commerciaux, maintenant, propres au neuf. Méfiez-vous du pack confort ou pack RE2020 vendu en option au contrat : un équipement n’est jamais conforme tout seul, c’est le bâtiment qui l’est. Méfiez-vous surtout de la climatisation décidée après le dépôt du permis, qui suppose de reprendre l’étude thermique et se négocie en avenant, au prix fort. Le surdimensionnement guette aussi, une unité extérieure trop puissante cycle en continu et déshumidifie mal. Enfin, regardez où elle est portée sur le plan avant de signer : sous la fenêtre de la chambre parentale, avec 30 dB(A) recommandés la nuit par l’OMS et une émergence limitée à 3 dB(A) pour les bruits de voisinage, le problème sera le vôtre.
D’où la seule chose à retenir si vous n’en retenez qu’une : dans une maison neuve, la discussion sur la climatisation se tient avec le constructeur et le bureau d’études thermiques, pendant la conception. Pas avec un climaticien, deux ans plus tard, devant un plafond déjà fermé.
Vos questions, nos réponses
La RE2020 interdit-elle la climatisation dans une maison neuve ?
Non. Aucun système n’est interdit, la réglementation fixe des plafonds de résultat. Une climatisation est parfaitement admise dès lors que la maison respecte ses seuils de consommation et reste sous 1 250 °C.h de degrés-heures d’inconfort. Le point d’attention est ailleurs : le confort d’été est calculé sans tenir compte de la machine, donc la conception passive doit tenir seule. La climatisation vient après, et sa consommation entre dans le bilan.
Puis-je ajouter un gainable après la livraison de ma maison ?
Techniquement oui, mais c’est le scénario le plus coûteux. Le réseau de gaines suppose des volumes techniques qui n’existent plus une fois les plafonds fermés, et l’étude thermique a été validée sur un projet sans froid déclaré. Côté fiscalité, la climatisation air-air seule est exclue de MaPrimeRénov’ depuis le 14/12/2023, et la TVA réduite ne s’applique qu’à partir de deux ans d’ancienneté du logement. Avant cette date, c’est 20 %.
Qui décide vraiment du système de chauffage et de refroidissement ?
Le bureau d’études thermiques produit l’étude qui conditionne le permis, le constructeur intègre ou non le système au contrat, et l’installateur exécute. Dans cet ordre. Demandez à voir votre étude, en particulier la valeur de DH et la présence ou non d’un forfait de refroidissement : ces deux lignes vous disent si votre maison aura chaud en août et si déclarer un système réversible dès la conception a du sens dans votre cas.
Avant de signer, réclamez l’étude thermique complète et faites-vous expliquer la valeur de DH retenue. Si le rafraîchissement est sur la table, faites chiffrer le gainable par plusieurs installateurs sur la base des plans, avec passage sur place dès que le gros oeuvre le permet, et comparez le surcoût au contrat plutôt que le prix de la machine. Pour des travaux ultérieurs dans un logement de plus de deux ans, la qualification RGE de l’entreprise redeviendra une condition d’accès aux aides, ce qu’elle n’est pas dans le neuf.







