Le panneau infrarouge arrive presque toujours par la même porte : un appel, une visite à domicile, une promesse de 50 à 60 % d’économies sur le chauffage. Ce dossier sépare ce que le rayonnement apporte vraiment de ce qu’aucune technologie électrique ne peut apporter, et dit dans quelles pièces ces panneaux restent défendables.
L’essentiel
- Tout chauffage électrique restitue 100 % de l’électricité consommée sous forme de chaleur : panneau infrarouge, convecteur ou radiateur à inertie, le rendement de conversion est identique.
- Le seul gain démontrable passe par la consigne : 1 à 2 °C d’air en moins à confort ressenti égal, soit 5 à 15 % de consommation de chauffage en moins (économie estimée, très dépendante de l’isolation).
- Le chauffage électrique direct ne figure dans aucun geste financé par MaPrimeRénov’ au barème en vigueur au 31/07/2026, quand une PAC air-eau ouvre droit à 5 000, 4 000 ou 3 000 € selon la tranche de revenus.
- Budget constaté : 150 à 600 € le panneau mural selon puissance et finition, 400 à 900 € pour un modèle plafond posé, thermostat et raccordement en plus.
Le chauffage infrarouge permet-il vraiment 50 % d’économies ? Non. Un panneau transforme 100 % de l’électricité en chaleur, exactement comme le convecteur qu’il remplace : à consigne et à isolation identiques, le compteur tourne pareil. Le gain réel vient du confort ressenti, qui autorise 1 à 2 °C de moins sur le thermostat. Encore faut-il que le rayonnement vous atteigne, donc que le panneau soit orienté vers la zone de vie et non masqué par la bibliothèque.
Pourquoi un kilowattheure électrique chauffe toujours pareil
La physique est ingrate pour le marketing. Une résistance électrique, quelle que soit sa forme, dissipe la totalité de l’énergie reçue sous forme de chaleur : c’est l’effet Joule, et il ne connaît pas les marques. Un panneau de 700 W allumé une heure a consommé 0,7 kWh et libéré 0,7 kWh de chaleur, ni plus ni moins qu’un convecteur de 700 W.
Le seul appareil qui restitue plus d’énergie qu’il n’en prélève au compteur, c’est la pompe à chaleur, parce qu’elle ne fabrique pas la chaleur : elle la déplace depuis l’air extérieur ou le sol. Avec un coefficient de performance de 3, un kilowattheure acheté devient trois kilowattheures de chaleur. Aucun panneau « carbone » ou « longueur d’onde brevetée » ne fait cela.
Quand un commercial met en avant un « rendement de 100 % », il énonce donc une banalité vraie de tous les radiateurs électriques du marché, y compris du vieux grille-pain rangé au garage.
Ce que le rayonnement change vraiment : le confort ressenti
La température que vous ressentez n’est pas celle qu’affiche le thermostat. Elle dépend autant des surfaces qui vous entourent que de l’air : un mur mal isolé à 15 °C absorbe votre propre rayonnement corporel et vous donne froid dans une pièce affichée à 20 °C. C’est l’effet de paroi froide, et il explique la plupart des « je suis à 21 et j’ai encore froid ».
Un émetteur infrarouge chauffe d’abord les corps et les surfaces qu’il éclaire, pas l’air qu’il traverse. Dans une pièce dont les parois remontent en température, le ressenti reste correct avec un air à 19 °C au lieu de 20,5 °C. Ce delta de 1 à 2 °C est le seul mécanisme d’économie sérieux du chauffage infrarouge : réel, mesurable, mais très loin des moitiés de facture annoncées au téléphone.
Autre effet, moins vendu : sans convection forcée, l’air chaud s’accumule moins sous le plafond pendant que vos pieds restent au frais.
Ce qui est promis, ce qui est vérifiable
| L’argument du commercial | Ce que vous pouvez vérifier |
|---|---|
| « Jusqu’à 50 % d’économies sur votre facture » | Aucun protocole public ne le mesure. À consigne égale, votre consommation reste identique à celle d’un convecteur de même puissance. |
| « Un rendement supérieur aux autres radiateurs » | Impossible en effet Joule : la conversion plafonne à 100 % pour tous. Seule une pompe à chaleur dépasse ce plafond, en captant de la chaleur extérieure. |
| « Chaleur douce, sans brassage d’air » | Exact. Pas de convection forcée, donc moins de poussières déplacées et moins d’air chaud perdu sous le plafond. |
| « Vous baisserez le thermostat sans le sentir » | Plausible sur 1 à 2 °C si le panneau rayonne sur la zone occupée. Nul si vous êtes hors de son champ ou derrière un meuble. |
| « C’est éligible aux aides de l’État » | Aucun geste MaPrimeRénov’ ne vise le chauffage électrique direct au 31/07/2026, et l’éco-PTZ applique les mêmes exigences techniques depuis le 01/07/2025. |
Les pièces où l’infrarouge tient vraiment ses promesses
Le rayonnement excelle là où chauffer un volume d’air entier n’a aucun sens. Ces configurations reviennent souvent sur le terrain et se défendent très bien.
- La salle de bains : besoin bref, deux fois par jour. Un panneau plafond y bat le radiateur qui met vingt minutes à réchauffer l’air.
- L’atelier, le garage, la cave aménagée : volumes mal isolés où l’air chauffé s’échappe aussitôt. Chauffez l’établi et celui qui y travaille, pas 60 m³ d’air.
- La véranda : parois vitrées froides et occupation intermittente. Le rayonnement compense la paroi froide sans prétendre chauffer le volume.
- La terrasse, l’auvent, le kiosque : dehors, chauffer l’air est perdu d’avance et l’infrarouge n’a aucun concurrent électrique sérieux.
- Une pièce à très forte hauteur sous plafond : grange réhabilitée, loft, atelier. Le panneau plafond descend la chaleur là où sont les gens.
- Un bureau occupé 2 à 3 heures par jour : inutile de maintenir une pièce entière en température pour rien.
La question n’est alors plus « est-ce que j’économise 50 % », mais « est-ce que je chauffe seulement ce qui doit l’être ».
Le placement décide de tout, le reste est du décor
Un panneau infrarouge mal placé est un radiateur électrique cher. Le rayonnement se comporte comme la lumière : il va tout droit et son intensité chute avec la distance. Derrière le canapé, masqué par un dossier haut, il chauffe consciencieusement le tissu.
En pose murale, visez la zone de vie à hauteur de buste, sans meuble intercalé, sur un mur intérieur plutôt qu’en façade. En plafond, respectez la hauteur liée à la puissance : trop bas, le panneau devient désagréable sur le crâne, trop haut, il ne fait plus rien. Et ne placez jamais le thermostat dans l’axe du rayonnement, sinon il coupe le chauffage en croyant la pièce chaude pendant que vous grelottez à trois mètres.
Une maison de 90 m² au tout électrique : le calcul posé
Maison de 90 m² des années 1980, isolation moyenne, zone tempérée, huit convecteurs vieillissants, environ 9 000 kWh de chauffage par an. Le remplacement par huit panneaux infrarouges muraux avec thermostats sort entre 2 900 et 4 200 € posé, prix constatés.
Côté aides : rien. Le chauffage électrique direct n’ouvre aucun geste MaPrimeRénov’ au 31/07/2026, l’éco-PTZ suit les mêmes exigences techniques depuis le 01/07/2025, et le taux de TVA dépend de la nature exacte des travaux. Le reste à charge, c’est le montant total.
Côté gain : si le rayonnement vous permet réellement de descendre la consigne de 1,5 °C, tablez sur environ 10 % de consommation en moins, soit à peu près 900 kWh par an. Au tarif d’électricité constaté début 2026, de l’ordre de 0,20 € le kilowattheure TTC (vérifiez sur votre facture), l’économie estimée tourne autour de 180 € par an. Le temps de retour dépasse quinze ans, sur des appareils qui ne sont pas éternels.
Comparez avec une PAC air-eau : 12 000 à 16 000 € posée, moins 5 000, 4 000 ou 3 000 € de MaPrimeRénov’ selon la tranche (plafond de dépense 12 000 €, cumul avec les CEE limité à 90, 75 ou 60 % des travaux). Elle divise la consommation par un facteur proche de 3, pas par 1,1.
Aides, TVA et DPE : ce que dit la réglementation
MaPrimeRénov’ a rouvert son guichet le 23/02/2026 avec quatre tranches de revenus et trois parcours. Le parcours par geste finance les pompes à chaleur air-eau (5 000 / 4 000 / 3 000 €) ou géothermiques (11 000 / 9 000 / 6 000 €), les chauffe-eau thermodynamiques et les poêles à granulés. Aucune ligne pour le chauffage électrique direct. L’entreprise doit être RGE pour MaPrimeRénov’ comme pour l’éco-PTZ, ce dernier allant jusqu’à 50 000 € sur 20 ans, sans condition de revenus, sur travaux éligibles.
La TVA à 5,5 % vise les travaux d’amélioration énergétique dans un logement de plus de deux ans : ne laissez personne vous annoncer un taux oralement, il doit figurer sur le devis.
Dernier point, décisif pour les bailleurs : le DPE raisonne en énergie primaire, ce qui pénalise structurellement le tout électrique direct. Or la location d’un logement classé G est interdite depuis le 01/01/2025, celle des F le sera au 01/01/2028 et celle des E au 01/01/2034. Équiper un bien locatif de panneaux infrarouges ne fera pas remonter son étiquette.
Le démarchage infrarouge et ses faux comparatifs
La vente de panneaux infrarouges concentre tous les travers du démarchage énergétique. Premier signal : la prétendue aide d’État pour du chauffage électrique direct. Elle n’existe pas. Quand un interlocuteur agite une « prime de l’État » ou une « subvention de transition » sur ce matériel, raccrochez.
Deuxième signal : le comparatif maison. Il oppose invariablement le panneau proposé à un convecteur de 1975 sans régulation, sur des durées choisies par le vendeur, avec un prix du kilowattheure de son cru. Demandez le protocole, la surface, la consigne. Vous ne les obtiendrez pas.
Troisième signal : le prix qui gonfle dès que vous prononcez le mot aide, et le crédit affecté présenté comme un « autofinancement par les économies ». Huit panneaux facturés 11 000 € à crédit, quand le matériel se trouve entre 150 et 600 € l’unité, ce n’est plus un projet énergétique, c’est un dossier de financement.
Sur le fond, écartez l’infrarouge dans trois cas. Une maison mal isolée occupée en continu : votre problème est l’enveloppe, et 3 000 € de panneaux auraient été mieux placés en combles. Un logement locatif soumis au calendrier des passoires. Un grand séjour ouvert où vivent quatre personnes toute la journée : le chauffage de zone perd son intérêt dès que la zone devient la maison, et la pompe à chaleur reprend la main.
Vos questions, nos réponses
Le chauffage infrarouge consomme-t-il moins qu’un convecteur ?
À réglage identique, non : les deux convertissent 100 % de l’électricité en chaleur. La différence se joue sur l’usage. Le rayonnement direct permet de descendre la consigne de 1 à 2 °C à confort ressenti équivalent, soit une économie estimée de 5 à 15 % du poste chauffage selon l’isolation. Un convecteur récent bien régulé, avec programmation et détection d’ouverture, réduit d’ailleurs une bonne part de cet écart.
Y a-t-il une aide de l’État pour installer des panneaux infrarouges ?
Non. Au barème en vigueur au 31/07/2026, MaPrimeRénov’ finance des pompes à chaleur, des chauffe-eau thermodynamiques, des appareils biomasse et de l’isolation, pas le chauffage électrique direct. L’éco-PTZ, jusqu’à 50 000 € sur 20 ans, applique les mêmes exigences techniques depuis le 01/07/2025. Repère utile : la climatisation air-air seule est elle aussi exclue de MaPrimeRénov’ depuis le 14/12/2023. Toute promesse contraire au téléphone est un mensonge commercial.
Peut-on chauffer une maison entière à l’infrarouge ?
Techniquement oui, économiquement rarement. Chaque zone occupée réclame son panneau correctement orienté, ce qui multiplie les points de chauffe à 150 à 600 € l’unité, sans aucune aide à la clé. Dans une maison de 90 m², la facture reste celle d’un chauffage tout électrique et le DPE ne bouge pas. Le rayonnement garde tout son sens en appoint ciblé ou dans les volumes difficiles, beaucoup moins en solution principale.
Avant toute signature, faites chiffrer votre projet sur place par au moins trois entreprises, en exigeant le détail du matériel, des puissances et du taux de TVA appliqué. Si votre objectif est de faire baisser la facture et pas seulement d’améliorer le confort d’une pièce, demandez en parallèle un devis de pompe à chaleur à un artisan RGE : la comparaison des deux restes à charge, aides déduites, tranchera mieux que n’importe quelle plaquette commerciale.







