Faire monter un silo à granulés en dur, ce n’est pas installer une réserve dans un coin de cave : c’est un chantier de maçonnerie complet, avec parois, plan incliné, trappe, porte et percements en façade. On compare ici le maçonné et le textile sur le terrain qui les départage vraiment : qui intervient, combien de temps, à quel prix, et ce qui tient encore debout vingt ans plus tard.
L’essentiel
- Un textile se monte en une journée par le chauffagiste seul ; un maçonné demande deux à quatre semaines entre préparation, maçonnerie, séchage et raccordement.
- Prix constatés : 1 200 à 2 500 € posé pour un textile de 3 à 6 tonnes, contre 2 500 à 6 000 € pour un maçonné dans un local existant, hors reprise lourde du bâti.
- Le plan incliné, sans lequel le fond ne se vide jamais, absorbe 20 à 30 % du volume brut : 10 m³ de local ne font pas 10 m³ de granulés.
- Depuis le 01/01/2026, les chaudières biomasse sont sorties du parcours par geste de MaPrimeRénov’ et ne restent finançables qu’en rénovation d’ampleur. Le granulé tourne autour de 412 à 419 € la tonne en palette, le vrac restant moins cher au kilo.
Faut-il faire construire un silo maçonné plutôt que poser un silo textile ? Le maçonné se défend quand un local en dur existe déjà à la bonne forme, ancienne cave à charbon ou ancien local fioul, et que vous restez dans la maison : sur vingt ans il ne bouge pas, quand la toile d’un textile vieillit. Partout ailleurs, le textile prend l’avantage. Nuance : un local trop long, trop bas ou biscornu ruine l’intérêt du maçonné avant le premier parpaing.
Ce qu’un silo maçonné demande vraiment comme travaux
Quand un installateur annonce « on maçonne le silo », il décrit en réalité sept ouvrages, dont aucun n’est optionnel. C’est là que les devis se creusent : certains les chiffrent tous, d’autres en oublient la moitié.
- Les parois : parpaing, béton banché ou reprise des murs existants. Elles encaissent la poussée du produit, plusieurs tonnes qui appuient latéralement, ce qu’une cloison en carreaux de plâtre ne tient pas.
- Le plan incliné, coulé ou construit en ossature bois habillée de panneaux lisses, à la pente juste.
- La trappe de visite étanche, pour contrôler le niveau sans démonter le remplissage, tout en bloquant la poussière.
- La porte, avec ses planches de retenue ajoutées au fil du remplissage. Une porte pleine qu’on ouvre sur quatre tonnes de granulés, c’est deux heures de balai.
- Le traitement de l’humidité des murs enterrés : enduit d’étanchéité, parfois doublage ventilé. Un granulé humide gonfle, se délite et bourre la vis.
- La réservation pour la vis d’extraction ou le tuyau d’aspiration, au bon endroit, au bon niveau, avec un passage étanche.
- Les bouches de remplissage et de mise à l’air en façade : deux carottages traversants de 100 à 125 mm, embouts pompier et liaison équipotentielle contre l’électricité statique.
Le plan incliné, la pièce qui décide de tout
C’est le détail que les propriétaires découvrent trop tard. Un silo à fond plat ne se vide pas : les granulés forment un cône, la vis creuse un tunnel et des centaines de kilos restent coincés dans les angles, payés mais inaccessibles. La pente doit tourner autour de 40 à 45°, sur une surface lisse, jamais du parpaing brut où le granulé accroche.
Cette pente coûte du volume. Sur un local de 2,40 m par 2,20 m sous 2,20 m, soit 11,6 m³ bruts, il reste en pratique 6 m³ utiles, environ 3,9 tonnes. Un tiers du local part en pure géométrie. Le textile paie le même impôt avec son entonnoir, sauf qu’il arrive déjà fabriqué.
Deux corps de métier au lieu d’un, et personne pour les coordonner
Le chauffagiste pose la chaudière et l’extraction, il ne monte pas de mur. Le maçon monte le mur mais ignore où passe la vis, à quelle hauteur tombe la réservation et quel angle exact veut le fabricant. Entre les deux, il n’y a personne, sauf vous.
Dans la vraie vie, ça donne un plan incliné coulé avant que la chaudière soit choisie, une réservation percée 15 cm trop haut, et une reprise à la disqueuse trois semaines plus tard. Exigez que le plan de réservation du fabricant soit signé par les deux artisans avant le premier coup de truelle. Certains installateurs proposent le lot complet avec leur maçon : plus cher sur le papier, souvent moins cher au total.
Une journée contre trois semaines : le chantier ligne par ligne
| Silo textile | Silo maçonné |
|---|---|
| Pose en une journée, chaudière comprise sur deux jours | Deux à quatre semaines en comptant l’étude, la maçonnerie et le séchage |
| Un seul intervenant, le chauffagiste | Maçon plus chauffagiste, avec une coordination à tenir |
| Sol plan et propre, quatre points de fixation au mur ou une ossature autoportante | Parois, plan incliné, trappe, porte, traitement d’humidité, réservation |
| 1 200 à 2 500 € posé pour 3 à 6 tonnes (prix constatés) | 2 500 à 6 000 € dans un local existant, davantage si reprise du bâti |
| Volume utile connu d’avance, donné par le fabricant | Volume utile à calculer, 20 à 30 % de perte par le plan incliné |
| Démontable, se déplace ou se revend | Irréversible, le local reste transformé |
| Toile à surveiller, tension des sangles, poussière, vieillissement | Ne bouge pas sur vingt ans, entretien quasi nul |
Une maison de 130 m² en Haute-Loire, chiffres en main
Maison de 130 m² en zone H1, chaudière fioul de 2003 en fin de vie, ancienne cave à charbon de 2,40 m sur 2,20 m juste sous la façade. Le propriétaire a 58 ans et ne compte pas revendre.
Devis retenu : chaudière à granulés posée 16 500 € TTC, maçonnerie du silo 2 800 € (cloisonnement, plan incliné, enduit d’étanchéité sur le mur enterré), trappe, porte à planches, bouches et carottages 1 300 €. Total 20 600 € TTC, TVA à 5,5 % sur les travaux d’amélioration énergétique d’un logement de plus de deux ans.
Côté aides, la chaudière biomasse n’ouvre plus le parcours par geste depuis le 01/01/2026 : sans bouquet de travaux, aucune MaPrimeRénov’ ici. Restent l’éco-PTZ, jusqu’à 50 000 € sur 20 ans sans condition de revenus, et les CEE du moment. En basculant sur une rénovation d’ampleur avec isolation, le ménage retrouverait MaPrimeRénov’ jusqu’à 63 000 € de dépenses, mais c’est un autre projet, plus long, avec accompagnateur. Reste à charge du scénario retenu : 20 600 €, étalés par l’éco-PTZ.
Consommation estimée : environ 4 tonnes de granulés par an, soit 1 650 à 1 680 € en palette au tarif 2026, sensiblement moins en vrac soufflé. L’économie annuelle face au fioul est estimée entre 500 et 900 € selon le cours du combustible et l’isolation. Le même projet en silo textile de 5 tonnes revenait à environ 1 900 € posé : 2 200 € de moins et trois semaines de chantier économisées, avec une toile à remplacer une fois dans la vie de la chaudière.
Ce que la règle impose avant de percer la façade
Les deux carottages modifient l’aspect extérieur du bâtiment : cela relève en principe d’une déclaration préalable en mairie, avec passage devant l’architecte des Bâtiments de France en secteur protégé. Un appel au service urbanisme avant de commander le matériel évite la mise en demeure après coup. En copropriété, la façade est partie commune, donc accord de l’assemblée générale.
Côté chauffage, l’installateur doit être RGE pour ouvrir droit à MaPrimeRénov’ comme à l’éco-PTZ, ce dernier appliquant les mêmes exigences techniques depuis le 01/07/2025. Le maçon n’a besoin d’aucune qualification RGE pour le silo : sa facture voyage à part et n’entre pas dans le montant aidé.
Les cas où le maçonné est une erreur
Vous revendez dans trois à cinq ans ? Ne maçonnez pas. Vous créez un volume mono-usage que l’acquéreur suivant verra comme une contrainte s’il n’aime pas le granulé, et vous ne le récupérerez pas au prix de vente. Le textile se démonte en deux heures et se revend.
Vous hésitez encore entre granulés, pompe à chaleur et solution mixte ? Même réponse : la réversibilité a une valeur, et elle est du côté de la toile. Autre refus net, la cave humide dont on traite le mur « pour voir » : un enduit posé sur un mur qui prend l’eau par capillarité ne tient pas trois hivers.
Trois pièges commerciaux reviennent sans cesse. Le devis « silo maçonné compris » qui ne détaille ni le plan incliné ni les carottages, et se transforme en avenant de 1 200 € en cours de chantier. Le vendeur qui pousse 8 ou 10 tonnes « pour ne remplir que tous les deux ans », alors que le granulé stocké trop longtemps se charge d’humidité. Et le démarchage qui agite les aides biomasse comme si rien n’avait changé au 01/01/2026 : demandez le montant exact, le parcours visé et le nom de l’accompagnateur, la conversation s’arrête souvent là.
Vos questions, nos réponses
Un silo maçonné revient-il vraiment plus cher qu’un textile ?
Presque toujours, oui, à volume comparable. Les prix constatés situent le textile de 3 à 6 tonnes entre 1 200 et 2 500 € posé, quand la maçonnerie dans un local existant tourne entre 2 500 et 6 000 € avec plan incliné, trappe, porte, traitement d’humidité et carottages. L’écart ne se resserre que si un ancien local à charbon ou à fioul est déjà cloisonné et sain : il ne reste alors que la pente et les accessoires.
Peut-on transformer une ancienne cave à charbon en silo à granulés ?
C’est le scénario le plus favorable au maçonné, à trois conditions. Les murs doivent être sains : le charbon supportait une humidité que le granulé ne tolère pas. La forme doit permettre une pente de 40 à 45° sans tomber sous deux tonnes utiles. Et l’accès camion doit rester compatible avec les 30 mètres de tuyau du souffleur. Une visite de l’installateur tranche la question en vingt minutes.
Combien de temps tient la toile d’un silo textile ?
Les fabricants annoncent couramment une dizaine d’années, et c’est l’ordre de grandeur observé sur le terrain. La toile fatigue par la tension permanente des sangles, la poussière abrasive de chaque remplissage et la lumière si une soupirail éclaire le local. Comptez un remplacement une fois dans la vie d’une chaudière granulés, quelques centaines d’euros, à mettre en face des 2 000 € et des trois semaines économisés au départ.
Avant d’arbitrer, faites venir deux installateurs RGE avec le plan de la chaudière envisagée et demandez à chacun un devis dans les deux configurations, textile et maçonné, volume utile en tonnes clairement écrit. C’est ce chiffre, pas le volume brut du local, qui dira combien de fois par an vous ferez venir le camion.







