Depuis le 1er janvier 2026, une chaudière à granulés installée seule ne touche plus un centime de MaPrimeRénov’, et ce seul changement fait sauter le raisonnement que tout le monde tenait encore l’an dernier.
Le calcul reste gagnant pour certains profils et s’effondre pour d’autres, selon votre capacité à basculer en rénovation d’ampleur : coût posé réel, prix du granulé, comparaison avec le gaz, le fioul et la pompe à chaleur air-eau, deux cas chiffrés jusqu’au reste à charge.
L’essentiel
- Chaudières biomasse exclues du parcours par geste de MaPrimeRénov’ depuis le 01/01/2026, finançables uniquement en rénovation d’ampleur (guichet rouvert le 23/02/2026).
- Rénovation d’ampleur : 63 000 € de dépense éligible sans condition de revenus, cumul MaPrimeRénov’ plus CEE plafonné à 90 %, 75 % ou 60 % selon la tranche (barème au 31/07/2026).
- Coût posé constaté avec silo : 14 000 à 22 000 €, davantage avec dépose de cuve fioul et tubage du conduit.
- Granulés relevés à 412 à 419 € la tonne en palette (0,42 €/kg, sac de 15 kg autour de 6 €), le vrac revenant moins cher. La PAC air-eau garde son aide au geste : 5 000 / 4 000 / 3 000 €, plafond de dépense 12 000 €.
Une chaudière à granulés est-elle encore rentable en 2026 ? Oui, mais presque uniquement à l’intérieur d’une rénovation d’ampleur. Hors de ce cadre, l’aide au geste est tombée à zéro depuis le 01/01/2026 et vous portez seul 15 000 à 20 000 € de reste à charge, que les économies de combustible mettent une quinzaine d’années à rattraper. Face à une vieille chaudière fioul, l’écart annuel raccourcit nettement ce délai. Face au gaz de ville, il devient presque inexistant.
Ce qui a changé le 1er janvier 2026, et pourquoi le calcul ne tient plus
La bascule de 2026 range la biomasse dans la même case que l’isolation des murs : plus rien au parcours par geste, tout dans le parcours rénovation d’ampleur.
La rénovation d’ampleur suppose un bouquet de travaux, un accompagnateur agréé, un audit et un gain de classes au DPE. Personne ne monte ce dossier en un samedi après-midi, et les délais d’instruction s’ajoutent aux quatre mois d’attente qu’annoncent déjà beaucoup d’installateurs RGE en zone rurale.
En contrepartie, ce parcours est bien plus généreux : plafond de dépense à 63 000 € sans condition de revenus, cumul MaPrimeRénov’ plus CEE pouvant couvrir 90 % des travaux pour un très modeste, 75 % pour un modeste, 60 % pour un intermédiaire. Si votre maison a de toute façon besoin d’isolation et de menuiseries, le granulé redevient un choix solide. Sinon, vous payez plein tarif.
Ce que coûte vraiment l’installation, silo compris
Les prix constatés en 2026 pour une chaudière de 15 à 25 kW, posée avec son silo textile ou maçonné, s’étalent de 14 000 à 22 000 €. On franchit les 25 000 € dès qu’il faut dégazer une cuve à fioul, tuber le conduit en inox et ajouter un ballon tampon.
Le poste qu’on sous-estime, c’est la place. Un silo de 4 m³ contient environ 2,5 tonnes, soit rarement une saison complète pour une maison de 130 m². Vérifiez avant de signer :
- un local sec d’environ 5 à 7 m², avec évacuation des condensats et amenée d’air
- un accès camion souffleur à moins de 20 à 30 m du silo, la longueur de tuyau du livreur n’étant pas négociable le jour J
- un conduit de fumée compatible, tubé et ramonable
- l’emplacement de la vis sans fin, qui se réveille plusieurs fois par nuit et n’a rien à faire contre une chambre
Le granulé à 415 € la tonne : ce que ça donne sur une facture
Les relevés de 2026 situent la palette entre 412 et 419 € la tonne, soit environ 0,42 €/kg, le sac de 15 kg tournant autour de 6 €. Le vrac soufflé descend sous ce niveau, ce qui suppose justement un silo et un accès.
Avec 4,6 kWh par kilo et une chaudière moderne autour de 90 % de rendement, le kWh utile revient à environ 0,10 € au tarif palette. Une maison de 120 m² correctement isolée, qui consomme dans les 15 000 kWh de chauffage par an, brûle 3 à 4 tonnes, soit 1 250 à 1 550 € par an selon le mode d’achat. Une maison mal isolée double ce chiffre, et c’est là que le raisonnement dérape.
Face au gaz, au fioul et à la pompe à chaleur air-eau
Le granulé se tient très bien face au fioul, correctement face au gaz, et perd le match face à une pompe à chaleur bien posée. Les ordres de grandeur ci-dessous sont à recalculer sur votre propre facture.
| Chaudière à granulés | PAC air-eau |
|---|---|
| Aucune aide au parcours par geste depuis le 01/01/2026 | 5 000 / 4 000 / 3 000 € au parcours par geste, plafond de dépense 12 000 € |
| 14 000 à 22 000 € posé avec silo (prix constatés) | 12 000 à 18 000 € posé (prix constatés) |
| Environ 0,10 €/kWh utile au tarif palette | Environ 0,05 à 0,08 €/kWh utile selon le rendement saisonnier et le contrat |
| Local de 5 à 7 m² plus accès camion souffleur, décendrage régulier | Unité extérieure bruyante à éloigner des chambres, aucun stockage |
| Insensible au froid, garde sa puissance à moins 10 °C | Rendement qui chute quand il gèle, appoint électrique fréquent |
Le fioul, lui, sort perdant partout : kWh plus cher, cuve encombrante, et TVA à 20 % sur la fourniture et l’installation d’une chaudière fioul ou gaz depuis le 01/03/2025, contre 5,5 % pour le granulé dans un logement de plus de deux ans.
Entretien, ramonage, durée de vie : le budget que les devis oublient
L’entretien annuel par un professionnel se facture entre 180 et 300 €, auxquels s’ajoute le ramonage imposé par votre règlement sanitaire départemental, souvent deux passages par saison pour un appareil bois, de 60 à 100 € l’intervention.
Ajoutez le décendrage, toutes les deux à quatre semaines même sur un modèle automatique, et les pièces d’usure : bougie d’allumage, joints, moteur de vis. Comptez 350 à 450 € par an de coûts fixes avant d’avoir acheté un kilo de granulés, pour une durée de vie de 15 à 20 ans.
Deux cas chiffrés, du devis au reste à charge
Cas 1, ménage modeste, maison de 130 m² au fioul dans l’Allier. Chaudière à granulés à 19 000 €, isolation des combles et des murs, menuiseries, pour 44 000 € TTC de travaux. Le dossier passe en rénovation d’ampleur, sous le plafond de 63 000 €. Pour un modeste, le cumul MaPrimeRénov’ plus CEE ne peut pas dépasser 75 % des travaux, soit 33 000 € au maximum, le versement réel dépendant du nombre de classes gagnées au DPE. Reste à charge de l’ordre de 11 000 à 16 000 €, finançable par l’éco-PTZ. Les 2 000 litres de fioul laissent place à 3,5 tonnes de granulés : 800 à 1 200 € d’économie annuelle estimée, plus le confort d’une maison isolée. Le dossier tient.
Cas 2, ménage intermédiaire, maison de 110 m² au gaz de ville. Chaudière murale en fin de vie, envie de sortir du fossile, un seul geste envisagé. Devis à 18 000 € posé, silo compris. MaPrimeRénov’ : zéro euro depuis le 01/01/2026. Restent les CEE, dont le montant dépend de l’obligé et se négocie avant signature, la TVA à 5,5 % et l’éco-PTZ. Reste à charge autour de 16 000 à 17 000 €, pour une facture qui passe d’un peu plus de 1 200 € de gaz à environ 1 400 € de granulés. L’économie annuelle est nulle, voire négative. Ce ménage a tout intérêt à regarder la PAC air-eau, qui lui ouvre 3 000 € au geste sous un plafond de dépense de 12 000 €, ou à monter un vrai dossier de rénovation d’ampleur.
RGE, TVA et éco-PTZ : le cadre à respecter pour ne rien perdre
L’installateur doit être qualifié RGE, sans exception, pour MaPrimeRénov’ comme pour l’éco-PTZ. Un devis signé avec une entreprise qui sous-traite à un non-RGE fait tomber l’aide entière.
La TVA à 5,5 % s’applique aux travaux d’amélioration énergétique dans un logement de plus de deux ans. L’éco-PTZ va jusqu’à 50 000 € sur 20 ans, sans condition de revenus, cumulable avec MaPrimeRénov’, avec un complémentaire possible dans les cinq ans, et il applique les mêmes exigences techniques depuis le 01/07/2025. Pour un bailleur, le calendrier des passoires ajoute une pression : location interdite pour un DPE G depuis le 01/01/2025, classe F au 01/01/2028, classe E au 01/01/2034.
Les maisons où le granulé est un mauvais achat, et les devis qui gonflent
Dans une maison mal isolée, la chaudière à granulés ne corrige rien : elle brûle plus cher. Six tonnes par an dans une passoire, ce sont 2 500 € de combustible et un amortissement qui n’arrive jamais.
Écartez aussi le granulé sans local technique ni accès camion souffleur, sous 90 m² bien isolés, en résidence secondaire peu occupée, ou si votre commune applique des restrictions liées à un plan de protection de l’atmosphère.
Côté commercial, méfiez-vous du vendeur qui annonce encore MaPrimeRénov’ au geste sur une chaudière biomasse : au mieux son argumentaire date de 2025, au pire il gonfle le devis en comptant sur une aide qui n’existe plus. Le devis qui grimpe de 3 000 € dès que vous prononcez le mot aide, le surdimensionnement à 30 kW pour une maison qui en demande 15, le silo au rabais qui vous condamne à trois livraisons par hiver : ces réflexes se repèrent en comparant deux propositions.
Vos questions, nos réponses
La chaudière à granulés a-t-elle encore droit à MaPrimeRénov’ en 2026 ?
Plus au parcours par geste : les chaudières biomasse en sont exclues depuis le 01/01/2026, comme l’isolation des murs. Elles restent finançables dans le parcours rénovation d’ampleur, dont le guichet a rouvert le 23/02/2026, avec un plafond de dépense de 63 000 € sans condition de revenus et un cumul MaPrimeRénov’ plus CEE limité à 90 %, 75 % ou 60 % des travaux selon votre tranche. Le recours à un professionnel RGE reste obligatoire.
Combien coûte le chauffage aux granulés par an pour 120 m² ?
Sur la base des relevés 2026, entre 412 et 419 € la tonne en palette (environ 0,42 €/kg, sac de 15 kg autour de 6 €), une maison de 120 m² correctement isolée consomme 3 à 4 tonnes par saison, soit environ 1 250 à 1 550 € de combustible. Le vrac soufflé fait baisser la note si vous disposez d’un silo. Ajoutez 350 à 450 € d’entretien et de ramonage. Une maison mal isolée peut doubler la consommation.
Granulés ou pompe à chaleur air-eau si je ne fais qu’un seul geste ?
La pompe à chaleur air-eau, sans hésiter, pour la seule raison qu’elle reste éligible au parcours par geste en 2026 : 5 000 € pour un ménage très modeste, 4 000 € pour un modeste, 3 000 € pour un intermédiaire, avec un plafond de dépense de 12 000 €. Son coût d’usage est aussi plus bas. Le granulé reprend l’avantage si votre maison est mal isolée, mal desservie en électricité ou située en zone très froide où le rendement de la PAC s’effondre.
Avant de signer, faites chiffrer votre projet sur place par au moins trois artisans RGE, en demandant la puissance retenue, le volume de silo et le montant CEE mobilisable. Sur un poste à 18 000 €, l’écart entre deux propositions sérieuses dépasse souvent 4 000 €.







