Commander son combustible en août relève d’une habitude solide : les prix baissent quand personne n’achète. Cet été, cette mécanique s’est enrayée sur les granulés, et le fioul repart à la hausse. Ce qui suivait une règle simple demande désormais de regarder les chiffres avant de passer commande.
L’essentiel
- Granulés à la mi-août 2026 : la palette de 66 sacs de 15 kg, soit 990 kg, s’affiche autour de 429 €, et la tonne en vrac autour de 430 €.
- La baisse saisonnière habituelle n’a pas eu lieu : d’avril à la mi-août, le vrac est passé de 426 à 430 €/t, un plateau au lieu du recul de 5 à 15 % des étés précédents.
- Fioul domestique ordinaire : environ 1 670 € les 1 000 litres au 17 août 2026, et 1 692 € le 19 août, dans une tendance haussière.
- Les écarts régionaux restent marqués sur les granulés : environ 419 € la palette à Bordeaux ou Toulouse contre 475 € à Paris.
Faut il commander maintenant ou attendre septembre ? Sur les granulés, l’argument du creux estival ne tient plus cette année : le prix n’a pas reculé depuis avril. Commander maintenant sécurise surtout la disponibilité et le délai de livraison, pas une bonne affaire.
Ce que les relevés montrent, saison après saison
Le marché des granulés suit habituellement un cycle net. Les prix montent d’octobre à février sous l’effet de la demande, puis reculent au printemps et atteignent un point bas entre juin et août, quand les usines produisent pour des entrepôts vides. Le recul estival représentait couramment 5 à 15 % par rapport au pic hivernal.
Cette saison rompt avec le schéma. Le vrac est resté sur un plateau entre avril et la mi-août, autour de 426 à 430 € la tonne. Autrement dit, l’acheteur qui a attendu l’été pour profiter du creux n’a rien gagné par rapport à celui qui a commandé au printemps.
Sur le fioul, la logique est différente et n’a jamais été saisonnière au même degré. Le prix suit les cours du pétrole et la parité de change, avec une prime hivernale liée à la demande. La hausse constatée en août 2026 s’inscrit dans cette mécanique de marché, indépendante du calendrier de chauffe.
Comparer les deux énergies sur la même base
| Granulés de bois | Fioul domestique |
|---|---|
| Environ 430 €/t, soit 0,43 €/kg | Environ 1,67 €/L à la mi-août 2026 |
| Pouvoir calorifique de l’ordre de 4,6 à 4,9 kWh/kg | Pouvoir calorifique de l’ordre de 9,9 kWh/L |
| Environ 9 centimes par kilowattheure de combustible | Environ 17 centimes par kilowattheure de combustible |
| Rendement chaudière courant 85 à 92 % | Rendement chaudière condensation 90 à 95 % |
| Stockage volumineux, silo ou palette au sec | Cuve, avec obligations de rétention |
L’écart au kilowattheure reste très favorable au granulé, et c’est ce qui explique la conversion continue du parc fioul. Il faut toutefois y ajouter le coût de l’appareil et son entretien, ainsi que la manutention, poste que les comparatifs ignorent souvent alors qu’il pèse sur le quotidien.
Cas concret chiffré : maison de 140 m² dans la Nièvre
Maison de 1979, isolation moyenne, chauffée par une chaudière fioul de 1998, consommation annuelle relevée de 2 400 litres.
- Coût annuel du fioul au prix d’août 2026 : 2 400 × 1,67 €, soit 4 008 €.
- Équivalent en granulés pour la même énergie utile, en tenant compte des rendements : de l’ordre de 5,2 à 5,6 tonnes, soit 2 240 à 2 410 € au prix du vrac constaté.
- Économie annuelle estimée sur le combustible : 1 600 à 1 750 €.
- Chaudière à granulés avec silo, dépose de la cuve comprise : 19 000 à 24 000 € TTC.
- MaPrimeRénov’ : la chaudière à granulés relève du parcours par geste ; la dépose de cuve à fioul est financée 1 200, 800 ou 400 € selon les revenus, plafond de dépense 4 000 €.
Ces économies sont des estimations, sensibles à l’hiver, au prix du combustible et à l’isolation du logement. Elles suffisent toutefois à situer le retour sur investissement autour d’une dizaine d’années hors aides, ce qui rend l’arbitrage dépendant de l’âge de la chaudière existante plus que du prix du combustible du moment. Le détail figure dans notre dossier sur le remplacement d’une chaudière par un appareil à granulés.
Bien acheter ses granulés, au delà du prix affiché
- Vérifier la certification et la classe du produit. Un granulé de classe supérieure limite le taux de cendres et l’encrassement de l’échangeur, ce qui se paie sur l’entretien plutôt que sur le sac.
- Comparer au kilo livré, pas au sac. Les frais de livraison et le déchargement à quai ou à domicile créent des écarts de plusieurs dizaines d’euros par palette.
- Contrôler le taux d’humidité annoncé, généralement inférieur à 10 %. Un granulé humide gonfle, se délite et bloque la vis d’alimentation.
- Stocker au sec et hors sol, sous abri ventilé. Une palette laissée sous une bâche posée au sol prend l’humidité par le dessous en un hiver.
- Anticiper le délai : en septembre et octobre, les délais de livraison en vrac s’allongent nettement, avec des reports de plusieurs semaines.
La question du volume à stocker se pose en parallèle et conditionne le choix entre sacs et vrac. Les repères de dimensionnement figurent dans notre article sur le volume de granulés à stocker.
Le calendrier des aides, à intégrer à la décision
Le poêle à granulés et la cuisinière à granulés sont financés 1 250, 1 000 ou 750 € selon les revenus au barème en vigueur au 1er janvier 2026, avec un plafond de dépense éligible de 5 000 €. Le poêle à bûches est financé 1 250, 1 000 ou 500 €.
Ces gestes figurent parmi les six qu’un projet de décret prévoit d’exclure du parcours par geste au 1er septembre 2026. Le texte a reçu un avis défavorable du Conseil national de l’habitat le 2 juillet 2026 et n’a pas été publié depuis. Un projet d’installation de poêle mûr gagne donc à être déposé sans attendre, la règle applicable étant en principe celle en vigueur à la date de dépôt de la demande. Notre suivi de la réforme du parcours par geste détaille le calendrier.
Contre-pied : le prix du combustible n’est pas le bon critère
Trois erreurs de raisonnement reviennent chaque été.
La première consiste à changer de chaudière sur un écart de prix conjoncturel. Le fioul et le granulé ont tous deux connu des variations violentes depuis cinq ans. Un investissement de 20 000 € amorti sur vingt ans ne se décide pas sur le relevé de la semaine.
La deuxième consiste à ignorer l’enveloppe du logement. Une maison qui consomme 2 400 litres de fioul consomme d’abord parce qu’elle laisse partir la chaleur. Réduire ce besoin de 30 % par l’isolation coûte souvent moins cher que de changer la machine, et rend ensuite la machine plus petite.
La troisième consiste à surestimer le confort du granulé. Une chaudière à granulés impose de gérer un silo, de vider un cendrier régulièrement, de faire ramoner et entretenir. Ce n’est pas un inconvénient rédhibitoire, mais c’est une différence de quotidien par rapport à une pompe à chaleur, qui ne demande rien entre deux visites.
Sur le plan commercial, deux vigilances. Les offres de « stock limité, prix bloqué » diffusées par téléphone ou par SMS en fin d’été jouent sur la crainte de la pénurie ; comparez toujours au prix livré au kilo chez deux fournisseurs locaux. Et méfiez-vous des devis de chaudière dont le total augmente exactement du montant de l’aide annoncée : comparez sur le montant avant aides, jamais sur le reste à charge affiché.
Vos questions, nos réponses
Vaut il mieux acheter en sacs ou en vrac ?
Le vrac est moins cher au kilo et supprime la manutention, mais il suppose un silo et un accès camion. Les sacs conviennent aux poêles et aux petits volumes, avec l’avantage de pouvoir fractionner l’achat et de stocker dans un garage. À la mi-août 2026, l’écart entre la palette et la tonne en vrac est faible, ce qui rend la question plus logistique que financière cette saison.
Combien de temps se conservent des granulés ?
Plusieurs années s’ils restent au sec et à l’abri des variations d’humidité. Le granulé est hygroscopique : il absorbe l’humidité de l’air, gonfle et se délite, ce qui provoque des bourrages dans la vis d’alimentation. Un stockage hors sol, sous abri ventilé, avec la palette laissée dans son film jusqu’à l’usage, suffit à tenir deux saisons sans dégradation notable.
Le fioul va t il être interdit ?
L’installation de nouvelles chaudières fonctionnant exclusivement au fioul est très encadrée depuis 2022, mais les chaudières existantes peuvent continuer à fonctionner et à être réparées, et l’approvisionnement en combustible reste assuré. Ce qui pousse à la conversion n’est donc pas une interdiction immédiate mais l’écart de coût au kilowattheure et l’absence d’aide au remplacement d’une chaudière fioul par une autre chaudière fioul.
Avant l’hiver, relevez votre consommation réelle des trois dernières saisons et faites établir deux devis, l’un pour une amélioration de l’isolation, l’autre pour le changement de générateur. C’est la comparaison des deux, et non le prix du combustible de la semaine, qui indique où placer votre budget.







